Poursuivons la démocratisation des études supérieures
À l’heure où l’enseignement supérieur et la recherche (ESR) subissent une austérité grandissante et destructrice (suppression de postes, campagnes d’emploi réduites à la portion congrue, augmentation des recours à des contrats précaires, fermetures de formation, dégradation continue des conditions de travail et d’étude), l’idée que les études seraient devenues superflues réapparaît et fait écho à celle qui voudrait les faire payer par les étudiant-es.
Une petite musique lancinante revient en force. Son refrain consiste à expliquer qu’aujourd’hui, il n’est plus utile de faire des études. Cette rengaine est connue mais les néo-libéraux l’ont mise au goût du jour dans une version à la fois simpliste et technodéterministe : l’intelligence artificielle rendrait les études obsolètes car, grâce à elle, chacun et chacune pourraient apprendre de manière autonome et n’auraient plus besoin d’user les bancs des universités. Il vaudrait mieux travailler au plus tôt et s’autoformer pour progresser professionnellement. Cette antienne semble réapparaître à chaque période d’instabilité. Elle ne résiste pourtant pas à l’épreuve des faits. L’écart entre les taux de chômage des non-diplômé-es et des diplômé-es atteste du fait que les diplômes sont au contraire devenus, selon la formule des sociologues, « de moins en moins suffisants mais de plus en plus nécessaires ». Même si leur valeur sur le marché du travail s’est modifiée, même s’ils ne permettent plus d’obtenir les mêmes emplois que par le passé, même si le passage de l’école à l’emploi est bien l’objet de fortes inégalités entre générations, les diplômes restent, aujourd’hui encore, utiles tant pour la collectivité que pour leurs titulaires.
Résistons à cette tentation d’abandon des études et, au contraire, réclamons un renforcement de l’effort de démocratisation de l’ESR. Il s’agit tout autant d’offrir un avenir professionnel à la jeunesse que de répondre aux enjeux écologiques, sociaux et économiques auxquels nous devons faire face. Contre l’austérité budgétaire instituée par les différents gouvernements depuis une vingtaine d’années, refusons, en particulier, la fausse solution qui consisterait à augmenter les droits d’inscription. Cette hausse a déjà commencé pour les étudiant-es extracommunautaires et notamment dans certaines écoles d’ingénieurs, pourtant publiques, et sa généralisation pourrait être proposée à la suite des « assises sur le financement des universités » comme semble l’indiquer le choix de ce thème pour leur dernier atelier. Une telle mesure irait dans le sens d’une plus grande marchandisation de l’enseignement supérieur et renforcerait les inégalités d’accès aux études. Attachés à la diffusion et la transmission de l’esprit scientifique, le SNESUP-FSU et le SNCS-FSU défendent au contraire le principe constitutionnel d’égal accès de tous et de toutes aux études, sans condition de ressources, sans tri des publics, et en donnant à chacun et chacune les moyens de réussir dans le service public de l’ESR.
Cet article est tiré du n°444 de notre revue La Vie de la Recherche Scientifique (VRS). Retrouvez l’ensemble des numéros dans notre rubrique VRS.




