Être étudiant-e aujourd’hui : quel pouvoir d’agir ?
Les étudiant-es n’ont jamais été aussi nombreux-euses qu’en cette année universitaire 2025-2026. Mais avec la massification de l’accès aux études supérieures, qu’est devenue la confiance dans l’avenir du temps des études ? Depuis les grandes mobilisations étudiantes des années 1960 et celles, plus récentes, des années 2006 et 2011 contre les projets de loi du CPE1 et de modification du code du travail, qu’est devenu le pouvoir d’agir des étudiant-es ?
Les mobilisations lycéennes et étudiantes ont toujours été redoutées par le pouvoir. Quand elles commencent, il est difficile pour lui d’en reconnaitre les modalités et la légitimité. Aussi, au cours du XXIe siècle, avec l’accueil des enfants du baby boom de l’an 2000, les gouvernements se sont employés à restreindre l’autonomie des étudiant-es : avec la loi LRU2 de 2007, la loi relative à l’enseignement supérieur et à la recherche3 de 2013 puis l’ordonnance de 2018 qui a permis aux établissements de l’enseignement supérieur de se regrouper sous la forme d’« établissements publics expérimentaux4 » , leur représentativité au sein des conseils d’administration des établissements a systématiquement été réduite. La réforme des bourses est repoussée au calendes grecques et leur revalorisation très insuffisante – quand elle n’est pas nulle – ne leur permet plus de sortir de la pauvreté, notamment révélée au grand jour lors de l’épisode du Covid-19.
Mais c’est surtout avec la plateforme d’orientation et d’affectation Parcoursup, mise en place en 2018, et la généralisation de la non compensation des modules d’enseignement entre eux, que la mise au pas des lycéen-nes et des étudiant-es a été organisée. Toutes les notes des années de première et de terminale au lycée sont maintenant prises en compte pour décider de la filière et de l’établissement de poursuite des études dans l’enseignement supérieur ; et, une fois l’inscription faite, tous les enseignements doivent être validés pour progresser, et ce sans réelle compensation entre eux…
Les lycéen-nes et les étudiant-es sont en permanence sous pression. C’est ce dont discute ce dossier. Après une présentation des trois épisodes de massification advenus depuis 1945, les problématiques de la pauvreté, de la santé et du système des bourses sur critères sociaux sont abordées. Une des caractéristiques de la dernière massification est le développement de l’enseignement privé, de la hausse des frais d’inscription et des conséquences sociales de la plateforme Parcoursup. Au cours d’une table ronde, les analyses des organisations représentatives et des syndicats étudiants sur la situation actuelle et sur les perspectives d’un salaire étudiant ont été recueillies. Car aujourd’hui, pour pouvoir vivre, un-e étudiant-e sur deux doit travailler au cours de ses études. Quelles sont les conséquences de cette double carrière scolaire et professionnelle ? Enfin, la France est le premier pays européen d’accueil et de formation des étudiants étrangers, notamment extracommunautaires. Une dynamique qui pourrait se poursuivre si leurs frais d’inscription n’explosent pas car cette population est particulièrement vulnérable.
Les enjeux de la formation de la jeunesse à travers les études supérieures sont considérables. Il est temps de redonner aux étudiant-es du pouvoir d’agir afin d’assurer leur formation dans la filière de leur choix et leur émancipation.
Cet article est tiré du n°444 de notre revue La Vie de la Recherche Scientifique (VRS). Retrouvez l’ensemble des numéros dans notre rubrique VRS.




