VRS n°404 04/2016

jeudi 28 avril 2016
par  Administrateur

VERS UNE UBERISATION DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET DE LA RECHERCHE ?

Par Laurence Favier

Augmentation du nombre d’emplois non permanents à l’université, gels de postes pour faire face à la pénurie de moyens malgré une croissance du nombre d’étudiants (150 000 étudiants supplémentaires depuis 2012), recherche par projets induisant une rotation des personnels et une succession de contrats à durée déterminée qui vaut à certains instituts de recherche une condamnation devant les tribunaux, la précarisation de l’emploi dans l’enseignement supérieur et la recherche (ESR) est bien une tendance de fond que les mobilisations dans et hors les syndicats(1)viennent rappeler régulièrement, avec d’autant plus de force qu’elle s’aggrave. Toutes les fonctions sont concernées : enseignement, recherche, fonctions techniques et administratives. Le modèle de la précarité est celui de la mission de durée limitée pour assurer des tâches pérennes en lieu et place d’emplois stables. La volonté affichée de mettre fin au statut de la fonction publique ou de recruter de moins en moins de fonctionnaires a été et reste la première attaque contre l’emploi stable : la fonction publique pourrait, au mieux, être réservée à quelques attributions régaliennes, elles-mêmes réduites à la portion congrue. Mais le modèle de la précarité généralisée va aujourd’hui encore plus loin : c’est celui de la rémunération du travail (voire de la tâche) à la demande, comme l’illustre le contrat « zéro heure » en Grande Bretagne affectant également l’ESR. Ce retour au XIXème siècle, à l’embauche du jour, au recrutement temporaire qui contraint au cumul des « petits boulots » est l’un des aspects majeurs de ce que l’on appelle l’« uberisation » de l’économie. Présentée comme la conséquence d’une économie collaborative fondée sur les technologies numériques, elle qualifie en réalité le plus souvent cette déstabilisation du travailleur, avec peu ou pas de protection sociale et désarmé face à l’employeur. La mobilisation aujourd’hui contre la loi El Khomri vient rappeler que le retour au passé, à la flexibilisation accrue du travail, ne peut être maquillé en progrès ni travesti en mesure pour l’emploi. Or l’ESR est l’un des secteurs concernés par cette transformation du travail, comme le montrent les exemples et analyses de ce dossier. En évoquant le risque d’uberisation de l’enseignement supérieur à propos des Moocs(2) en décembre dernier, le ministre Thierry Mandon pointait un problème bien plus large que le contexte dans lequel il a exprimé cette crainte.

(1) http://precairesesr.fr/ : le collectif a appelé à une journée d’action le 13/04 dernier, journée soutenue par le SNESUP et le SNCS
(2) Cours massifs en ligne dispensés par des organismes privés ou des universités publiques et ne préparant pas à un diplôme mais tout au plus à une certification payante.

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VRS n°404 PDF Complet

édito
par Patrick Monfort, Secrétaire général du SNCS-FSU

Oui au changement...

Emploi scientifique, précarité, conditions de travail, salaires, carrières… les motifs de colère sont nombreux face à la surdité d’un gouvernement qui avait promis le changement. Le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR) a ouvert, fin 2015, l’agenda social attendu depuis 2012. Que peut-on dire au bout de six mois de rencontres entre les organisations syndicales et les services de la direction générale des ressources humaines du ministère (DGRH) ? Pas grand-chose pour les universités et rien pour les organismes de recherche.

Un dialogue social qui n’est qu’un dialogue de sourds. Une directrice de la DGRH qui ne comprend rien à l’ESR et à son fonctionnement mais qui entend lui imposer les mêmes recettes rabattues depuis des années : assimiler les chercheurs aux enseignants chercheurs, amplifier les primes au mérite pour les personnels ingénieurs et techniciens… et ne pas revaloriser les carrières.

Aux hauts emplois administratifs, les meilleures rémunérations et conditions de travail ; aux personnels de l’ESR, les rémunérations parmi les plus basses de la fonction publique et le financement de leur travail sur projets. A eux le travail bien cadré du ministère, organisé à partir de tableurs et d’indicateurs ; à nous les appels à projets multiples, redondants, insupportables (ANR, H2020, IDEX, LABEX et autres bidulEX) dont la plupart finiront à la poubelle du fait de la proportion ridiculement basse de ceux qui seront financés.

Face à cette dégradation organisée de l’ESR, face à un système qui, aujourd’hui, détourne les jeunes de s’engager dans une formation de haut niveau sans perspectives d’avenir, quel futur ? Pour les doctorants, la précarité dans la recherche académique, la quasi-absence d’emplois dans le privé. Et pour tous, des conditions de vie toujours plus dégradées et précarisées si le projet de loi Travail venait à passer.

Face à une telle situation, nous ne baissons pas les bras. La résistance est d’actualité. Nos revendications sont intactes face à une pensée dominante qui voudrait faire croire que maintenir des acquis ne serait qu’une position conservatrice(1). Mais ceux qui prônent cette pensée ne remettent jamais en cause leurs propres conditions de travail ni de rémunérations ; bien au contraire, ils les améliorent(2)… Oui au changement : obtenons les mêmes conditions de travail et de rémunérations que les hauts emplois administratifs dans les ministères !


1 Rémunération des chercheurs et des chercheuses (http://sncs.fr/Remuneration-des-chercheurs-et-des)
2 La revalorisation des carrières commence... par celle des inspecteurs généraux de l’administration (http://sncs.fr/La-revalorisation-des-carrieres)


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