Le « mode d’emploi » du grand emprunt, donné par V. Pécresse, confirme ses effets destructeurs (17/05/2010)

lundi 17 mai 2010
par  Administrateur

Le « mode d’emploi » du grand emprunt, donné par V. Pécresse, confirme ses effets destructeurs

par Henri Audier

La ministre a choisi le 1er avril pour donner le mode d’emploi du grand emprunt devant la CPU : http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid50973/lancement-des-premiers-appels-a-projets-dans-le-cadre-du-grand-emprunt.html .

Dans un article précédent (s’y référer) sur les principes de cet emprunt, en partant du texte de l’Elysée, il a été montré que (http://www.sncs.fr/article.php3?id_article=2295) :
(i) cet emprunt concerne l’ESR à hauteur de 19 milliards dont seuls les intérêts seront utilisables ; en contre-partie, les crédits budgétaires baisseront, notamment par la suppression d’emplois statutaires ;
(ii) cet emprunt constitue une nouvelle étape par la prise en main par le pouvoir du choix des thèmes de recherche et des sites qui bénéficieront de la manne ; il donne plein pouvoir à des comités nommés de l’ANR pour distribuer les équipements dits d’excellence et choisir les labos du même nom ;
(iii) les « campus d’excellence », sans aucun rapport avec la précédente opération « campus », sont orthogonaux aux PRES et préparent une LRU2.

Un campus d’excellence : le sommet d’un emboîtement d’appels d’offre
La ministre a annoncé le lancement « rapidement » des premiers appels à projet du volet recherche sur les « équipements [bien sûr] d’excellence » (1 milliard d’euros à répartir sur des projets allant de 1 à 20 millions d’euros). Suivront, les appels concernant « les laboratoires [toujours] d’excellence, les instituts de recherche technologique, les instituts hospitalo-universitaires et les sociétés d’accélération du transfert de technologies ». Quant aux « campus [plus encore] d’excellence, 7,7 milliards, la formulation de ces projets demandera un temps de maturation ».

Comme nous l’avions suggéré dans le précédent article, les premiers appels d’offre apparaissent comme des sortes d’épreuves de qualification pour le jackpot : « les campus [dits] d’excellence ». Pour la ministre, « Si chacun des appels à projet se conçoit de manière parfaitement autonome, ils n’en sont pas moins complémentaires. Pour V.Pécresse « Un campus d’excellence doit évidemment comprendre à la fois des laboratoires d’excellence, mais aussi une société de valorisation et le potentiel d’un institut de recherche technologique ou d’une institut hospitalo-universitaire ». C’est une logique « d’emboîtement et de maturation progressive des différents appels d’offres ».

L’autonomie des universités réduite à la transmission des dossiers
Dans cette logique d’appel d’offre successif, tous, le gagnant comme les nombreux perdants aux lotos successifs, vont inscrire leurs projets dans la logique des priorités affichés pour avoir une petite chance de gagner. Les laboratoires et les universités proposeront, mais ce sont les Comités Cunégonde nommés par le pouvoir qui décideront de qui sera financé.

Alors quel rôle des universités ? On est passé de la conception d’une autonomie sans rivages en 2007, sur tout ou presque, à une autonomie administrative limitée, à savoir, de monter et/ou de transmettre les dossiers de réponses aux appels d’offre : « Le Grand emprunt vous concerne tous, car ce sont les PRES ou les établissements que vous présidez qui porteront les candidatures aux différents appels d’offre. C’est le moment pour vous de tirer parti des marges de manœuvre que vous offre l’autonomie, en définissant votre propre stratégie, votre forme d’excellence en matière de formation et de recherche ». Certes, mais ce ne sont ni elles, ni même des comités scientifiques indépendants, qui choisiront.

En résumé, l’autonomie des universités c’est : (a) un financement des équipes via le loto de l’ANR,
(b) l’obtention d’équipements via des Comités Théodule dépendant de l’ANR, (c) des labos dits d’excellence par des appel d’offre de Comités Nicéphore, (d) des « Instituts hospitalo-universitaires », of course d’excellence, des « Instituts de recherche technologique » du même prénom, des « sociétés [privées] de valorisations, tous choisis par des Comités Cunégonde nommés par la ministre, (e) et pour les universités d’Ile-de-France, la dépendance totale de l’EPAURIF (ou l’Etat est majoritaire) pour tout ce qui est bâtiments et immobilier.

Les « campus d’excellence » sont orthogonaux aux PRES et découpent les universités
Il est montré dans l’article précédent, à partir du discours de Sarkozy et de différents rapports, en qui les Campus d’excellence sont contradictoires avec les PRES et même ne respectent pas l’intégrité des universités. Pour rassurer notamment la CPU (qui malheureusement a été satisfaite) la ministre a précisé « qu’un Campus d’excellence devra sans doute rassembler un large éventail de formations, allant jusqu’au doctorat et arrimé à une recherche de très haut niveau. Ainsi ne peut-on imaginer un campus d’excellence sans une université en son cœur ».

La fin cette dernière phrase est significative : vous pourrez donc faire un campus « économie, gestion et mathématiques » avec l’université Paris Dauphine, HEC, l’école d’économie de Paris (qui est un RTRA) et les départements de mathématiques de Paris 11 et de l’ENS. Ce risque d’écrémage est encore plus net pour les PRES et la ministre confirme le risque : « Bien sûr, d’autres questions comme celle des modes appropriés de gouvernance ou de l’articulation entre campus d’excellence et PRES devront aussi être posées, mais elles devront l’être à partir des projets mêmes qui présideront à la création de ces campus ».

« Gouvernance » : Pécresse laisse ouvertes les pires solutions
C’est encore un très beau numéro de com’ : comme expliqué dans le précédent article, le grand emprunt subordonne le financement à une nouvelle forme de gouvernance, des solutions pires les unes que les autres ayant été avancées. En se donnant le beau rôle, celui d’une ministre pragmatique et ouverte, V. Pécresse laisse ouvertes les pires solutions : « La gouvernance de ces campus n’est pas une fin en soi, mais un moyen au service d’une ambition collective, qui doit se construire dans la durée. Car ma conviction profonde, c’est qu’on ne peut a priori donner aucune réponse univoque à ces questions. Chaque projet de campus d’excellence portera sa propre logique et son organisation, qui s’affirmera et s’affinera tout au long de sa construction ».

Des autocritiques involontaires
Dans ce discours débilitant, profondément marqué par le centralisme bureaucratique, il est quelques perles amusante. C’est le cas quand la ministre, qui a créé une vingtaine de structures nouvelles, affirme : « A trop séparer les établissements, même proches, à trop multiplier les formes institutionnelles et les modalités de formation, notre système est devenu difficilement compréhensible, pour les chercheurs, les enseignants et les étudiants étrangers, bien sûr, mais aussi pour nos compatriotes, qui peinent parfois à s’y retrouver »... Tout aussi piquant est l’aveu que, malgré les prétendus 5,6 milliards de plus depuis 2007 (1,8 par an), les meilleures équipes n’ont toujours pas les équipements indispensables : « Nous allons apporter un soutien exceptionnel, en permettant aux équipes les plus prometteuses de bénéficier enfin des équipements lourds qu’elles attendent, parfois depuis des années ».

Et l’emploi scientifique ? Comment développer tous ces trucs « excellents » sans créer d’emploi ? Comment se fait-il que V. Pécresse n’ait pas cru devoir annoncer elle-même les 2000 suppressions prévues pour les seuls EPST. Parce que V. Pécresse n’annonce jamais ni les annulations de crédits, ni les suppressions de postes. C’est ça la com’


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