Politique de sites : les universités dans la tourmente néolibérale

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Politique de sites : les universités dans la tourmente néolibérale

VRS n°417
Parution
06/2019
Numéro
417
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édito

Par Patrick Monfort et Chantal Pacteau
 

Politique de sites : les universités dans la tourmente néolibérale

 

 

Né de la volonté du président Sarkozy suite au rapport sur le « Grand Emprunt » de 2009, le Programme investissements d’avenir était lancé en 2010 (PIA1), suivi d’une seconde phase en 2013 (PIA2).

Ce programme est l’arme financière du gouvernement pour obliger les universités à se réformer, afin de créer une dizaine de « grandes universités de recherche » répondant aux critères du classement de Shanghai. C’est aussi, et surtout, une mise au pas des universités, comme l’ont analysé le SNCS-FSU et le SNESUP-FSU, qui n’ont eu de cesse de s’y opposer depuis sa création. Il s’agit d’appliquer au monde de l’enseignement supérieur et de la recherche le mode de gestion des entreprises, de réduire les libertés académiques, de renforcer le pilotage de la recherche et réduire la formation universitaire au seul objectif d’employabilité.

Dix après, où en est-on ? PRES (pôles de recherche et d’enseignement supérieur) disparus, ComUE (communautés d’universités et d’établissements) en voie d’extinction, fusions d’universités avec des IDEX (Initiatives d’excellence), I-SITES (Initiatives Science-Innovation-Territoires-Économie), etc., la communauté universitaire est désorganisée par une suite de « réformes » qui, à peine lancées, se reconfigurent au gré des toquades politico-économiques et de leurs échecs. Que la communauté scientifique explique, discute, argumente, se rebelle… rien n’infléchit les obsessions gouvernementales et la soif de pouvoir de ceux qui bénéficient de ce grand bazar. Même les prix Nobel sont impuissants à se faire entendre.

Ce dossier témoigne des effets de la politique, tout à la fois autoritaire et désordonnée, sur quelques sites universitaires : réduction, voire suppression de la participation des personnels dans les conseils au profit de structures non élues, gestion autoritaire par des « initiés », mise à l’écart de ceux qui ne rentrent pas dans le nouveau système du fait qu’ils s’y opposent ou qu’ils ne figurent pas dans les choix prioritaires du site décidés par quelques uns… Petites ou grandes universités, de Nantes à Lyon, en passant par Strasbourg, Dijon et Marseille, les collègues font le récit de la « réforme » de leur site et de leur quotidien dans ce dossier. Et que dire de Paris Saclay, la plus grosse des universités voulue par le président Sarkozy ? Après de multiples péripéties, le projet a explosé en vol avec le retrait acté, par le président Macron, du retrait d’une partie des « grandes écoles », qui n’ont jamais voulu s’intégrer dans l’université.

Les résultats sont là, sans doute pires que ceux que nous prédisions il y a dix ans : la communauté scientifique perd un temps et une énergie irrattrapables dans tous ces dossiers qu’elle doit monter, démonter, remonter dans l’urgence, et refaire à chaque fois que le jury « international » renvoyait la copie parce que les projets était trop « ouverts » sur l’ensemble de la communauté scientifique du site, ou pas suffisamment intégrateurs, ou pas assez fléchés sur quelques priorités, ou trop démocratique car laissant encore quelques conseils élus, ou contenant trop d’élus… Alors oui, les universités sont dans la tourmente, ces quelques exemples le montrent, et nous continuerons à donner la parole aux collègues d’autres sites dans un prochain dossier de la VRS.

Et qu’en est-il pour la recherche ? Des organismes comme le CNRS ont-ils pu maintenir une cohésion nationale dans ce maelström ? Certainement en partie, en continuant à structurer les laboratoires. Cependant, comme l’explique l’ancienne directrice de l’Institut des sciences biologiques du CNRS, la situation est catastrophique suite au manque de budgets et de personnels.

A vouloir imposer de grandes universités de recherche, la politique menée depuis plus de dix ans par les gouvernements successifs a conduit à réduire les capacités de la recherche française qui, aujourd’hui, risque de voir plus que jamais son déclin s’affirmer.


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