VRS 445 : Actualités mai-juin 2026
Les 70 ans du SNCS
Le 25 juin 2026, le SNCS-FSU fêtait ses 70 ans lors d’un Conseil syndical national (CSN) qui s’est tenu sur le site de la délégation régionale de Villejuif du CNRS. Son anniversaire a permis de rappeler brièvement son histoire à travers les témoignages filmés (https://sncs.fr/70-ans-sncs/) et les interventions de ses secrétaires généraux passés et actuel.
Quelques repères de la vie du SNCS
Lors de son congrès extraordinaire du 18 mars 1956, le Syndicat national de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique (SNESR), qui réunissait en son sein depuis 1939 les enseignants du supérieur et les chercheurs scientifiques relevant du ministère de l’Éducation nationale1 se scindait en deux syndicats distincts : le SNESup pour l’enseignement supérieur et le SNCS pour les chercheurs travaillant dans des organismes de recherche2. Les chercheurs revendiquaient un statut de chercheur à temps plein, qu’ils obtenaient en 1959. En 1993, après la dissolution de la Fédération de l’éducation nationale (FEN) dont le SNESup et le SNCS étaient membres, le SNCS faisait le choix de rejoindre la nouvelle Fédération syndicale unitaire (FSU) en 19973. Le statut de fonctionnaire était obtenu pour les chercheur-es en 1983 et pour les ingénieur-es et technicien-nes en 1984.
Lors de son intervention, l’un des regrets exprimés par Boris Gralak concernait la quasi-absence des femmes à la tête du SNCS. Dans sa désormais longue histoire, le SNCS a compté vingt-et-un secrétaires généraux (SG) et… deux secrétaires générales : de 1973 à 1976, Janine Rogalski, qui fête cette année les 50 ans de son mandat de SG4 ; et, de 1990 à 1991, Rose Katz5, décédée en 2022. Depuis le mandat de SG de Patrick Monfort, une fonction de SG adjoint-es a été créée. À ce jour, les SG adjointes ont été au nombre de trois : Chantal Pacteau de 2009 à 2014, Maude LeGall de 2017 à 2024 et Maud Leriche, depuis 2020.
Un hommage particulier a été rendu à Henri Edouard Audier6, directeur de recherche en chimie reconnu internationalement, dont la vie s’est confondue avec celle de la recherche et avec celle du SNCS. Dès son entrée au CNRS en 1962, Henri s’était syndiqué au SNCS et avait milité pour la reconnaissance du métier de chercheur. Il avait aussi contribué à ce que le syndicalisme français s’autonomise par rapport aux partis politiques. Et, au-delà, il a oeuvré à l’ouverture du SNCS. Il a été ainsi un des principaux fondateurs et animateurs de Sauvons la recherche. Une de ses préoccupations majeures : les jeunes chercheuses et chercheurs précaires ; il s’est toujours battu pour obtenir un plan pour l’emploi scientifique titulaire pour obtenir la titularisation de tous les précaires. C’est ainsi qu’il a été au centre de la grande mobilisation de 2014 pour l’emploi scientifique avec Sciences en marche. Henri était devenu le porte-parole de la communauté scientifique française pour laquelle il a rédigé de nombreux appels. S’il n’a jamais été SG du SNCS, il en a été la colonne vertébrale.
Cette célébration a enfin témoigné du crédit international du SNCS, qui rappelle que depuis 70 ans, ses luttes s’inscrivent pleinement dans une dynamique internationale.
Le SNCS a reçu de nombreuses lettres de félicitations et de solidarité de syndicats à travers le monde ainsi que des capsules vidéo, dont celle de David Edwards, secrétaire général de l’Internationale de l’Éducation (en photo).
Lien : https://youtu.be/CrxWYobCUj8
Projet de rapprochement de l’IRD et du CNRS
La présidente-directrice générale de l’IRD a informé le 8 juillet les personnels de l’IRD d’un projet de rapprochement de l’IRD et du CNRS. Le SNCS-FSU rappelle son attachement à l’existence de l’IRD et s’oppose à ce projet de rapprochement.
L’IRD a une identité propre, avec deux ministères de tutelle, celui en charge de la recherche et celui en charge des affaires étrangères, construite sur un partenariat scientifique avec les pays du Sud. Une présence de terrain unique, une recherche menée avec ses partenaires et une articulation originale entre recherche, développement, expertise et diplomatie scientifique.
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Regards Croisés N°58 avril – mai – juin 2026. Médias et démocratie
https://miniurl.be/r-6v20
Lettre ouverte du SNCS-FSU à Sébastien Chenu, député et vice-président du Rassemblement national
Vous avez déclaré que « tout le monde n’a pas vocation à finir comme une prof de sociologie à Nanterre, moche, mal coiffée et aigrie ! ». Vos propos montrent, derrière un humour douteux, non seulement un positionnement antiféministe et misogyne, mais aussi une certaine volonté de dénigrement du monde de l’enseignement supérieur et de la recherche, de « bashing » des « intellectuels » qui y travaillent, reprenant un refrain frontiste et populiste de mauvais aloi. »
Étudiant-es extracommunautaires : non aux droits d’inscription à 2 900€ et 3 900€
En 2019, la communauté universitaire, avec toutes les organisations syndicales et étudiantes, s’était vivement opposée à « Bienvenue en France » et ses « frais différenciés », à savoir faire payer des droits d’inscription à l’université bien plus élevés aux étudiants extracommunautaires. La mesure avait été actée, mais cette hausse n’était jusqu’à aujourd’hui que très peu appliquée par les établissements. Elle a été remise au goût du jour sur souhait du ministère en avril 2026.
En réponse, l’intersyndicale a dénoncé2 « une mesure non seulement xénophobe mais aussi profondément incohérente, qui ira à l’encontre de l’objectif “d’attractivité” affiché comme caution par le gouvernement. Profiter de la rentabilité des étudiant-es en doctorat tout en refusant de les former préalablement en leur rendant financièrement inaccessible les masters est un tri social profondément incohérent et inacceptable. Cette mesure rentre dans une logique purement économique de l’Enseignement supérieur, voyant les étudiant-es extracommunautaires et les frais d’inscription comme une ressource supplémentaire pour pallier le manque de moyens donnés à l’université. Nous dénonçons une mesure discriminatoire aux forts relents xénophobes de préférence nationale. Nous dénonçons une mesure contraire aux valeurs humanistes et émancipatrices du service public de l’enseignement supérieur.
Enfin, quoi qu’en dise le ministre, ces frais différenciés préparent la hausse généralisée des frais d’inscription pour tous les étudiant-es : il s’agit d’élargir la brèche dans le principe constitutionnel de gratuité de l’Enseignement, et de pallier l’insuffisance du financement par l’État. »
Le tribunal administratif de Strasbourg a autorisé la tenue, le 21 mai, d’une cérémonie parodique étudiante, à laquelle s’était opposée la présidence de l’université, visant à dénoncer les frais d’inscription différenciés des étudiants extracommunautaires. Une quarantaine de ces derniers doivent être radiés pour défaut de paiement.
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L’état de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation en France 2026
Dans l’édition 2026 de ce point de repère annuel et chiffré du système français d’enseignement supérieur et de recherche, on lit que les jeunes femmes sont nettement plus diplômées que les jeunes hommes, mais que leur insertion professionnelle est bien moins favorable. Il y est aussi rapporté que la France est une des grandes nations scientifiques mais dont les positions s’érodent… Un constat partagé.
L’État de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation en France 2026. Date de parution 23.06.2026.
Éditeur(s) : Sous-direction des systèmes d’information et des études statistiques (SIES), Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace
Les scientifiques en colère : journées d’études, appels, tribunes…
Trop de backlashs et dénis qui balaient les réglementations environnementales en Europe et aux États-Unis et fragilisent les démocraties ; de dirigeants influencés par une réalité « alternative », de menaces contre les scientifiques ; d’attaques contre les agences environnementales et sanitaires… La communauté scientifique ne cesse de s’impliquer dans le débat public ces derniers mois.
Quelques exemples de cette recherche engagée.
- Journées d’étude « Enquêter sur les 50 nuances d’obstruction climatique ». Dans un échange avec un collectif de chercheuses et chercheurs, membres de « Climat et Sciences sociales », la branche française du réseau universitaire international Climate Social Science Network (CSSN), il a été discuté des freins à l’action. Ceux-ci ne relèvent pas uniquement des inerties techniques ou matérielles. Ils tiennent aussi à une multitude de stratégies d’influence, parfois discrètes, qui contribuent à ralentir, réorienter ou retarder l’action climatique1.
- Face à la canicule, des scientifiques réclament une loi d’urgence climatique. « On ne pourra pas s’adapter à +3°C, c’est faux ! », alerte Jean Jouzel. Ils proposent d’interdire tout nouveau projet fossile et de créer un crime de « globocide » contre les atteintes aux « conditions mêmes d’habitabilité de la planète2 ». D’autres ironisent : « Tant que l’industrie fossile continuera d’ignorer les lois de la physique, les événements climatiques extrêmes gagneront en intensité et en fréquence3 »…
- Les crises sanitaires s’enchaînent et les réponses sont toujours apportées dans l’urgence. Il est grand temps d’apprendre à prévenir les crises plutôt que de se contenter d’en affronter les conséquences, déclare Serge Morand, écologue au CNRS et membre du panel d’experts de haut niveau One Health. Selon lui, « le principal obstacle à la prévention à la source réside dans une forme de gouvernance fondée sur l’ignorance délibérée, malheureusement pratiquée par de nombreux gouvernements. Cette ignorance délibérée se caractérise par un discours qui, partant de la déclinaison de l’importance des problèmes environnementaux mondiaux, aboutit en fin de compte à la mise en oeuvre de mesures qui ne les prennent pas en compte. Cela concerne non seulement les zoonoses, mais aussi les autres risques sanitaires liés à l’environnement. Le récent Sommet “Une seule santé” qui s’est tenu à Lyon en avril dernier en est une triste illustration. Scientifiques, organisations internationales et société civile ont insisté unanimement sur l’urgence d’agir face à un monde confronté à de multiples crises. Or, les recommandations omettent de mentionner la nécessité d’une véritable transformation écologique, économique, juste et sociale. Pire encore, ces recommandations sont formulées dans un contexte de réduction des financements alloués à la recherche, à la formation des étudiants venant des pays du Sud, ou à l’aide publique au développement. Tout cela dans un contexte de mise sous tutelle des agences sanitaires de santé et de l’environnement4. »
La Hongrie et le Royaume-Uni rejoignent Erasmus+
Suite à l’ample victoire aux élections législatives en Hongrie de Peter Magyar, un accord de déblocage de 16,4 milliards d’euros de fonds gelés sous le gouvernement Orban a été annoncé vendredi 29 mai à Bruxelles1. Les étudiants des 21 universités hongroises qui ne pouvaient plus participer au programme Erasmus depuis fin 2022 pourront le faire à nouveau à partir de septembre. En contrepartie, Budapest va rétablir l’autonomie des universités et supprimer les fondations d’intérêt public, créées sous le gouvernement Orban, qui supervisaient les établissements concernés.
Dix ans après le vote du Royaume-Uni en faveur du Brexit, le pays va réintégrer le programme Erasmus+ en 2027 et voit sa part dans le financement d’Horizon Europe se redresser après sa réintégration en 2024. Le British Council devrait devenir l’agence nationale britannique pour Erasmus+, sous réserve de la confirmation finale de la Commission européenne.
Le CNRS et ses partenaires du G6 s’engagent pour la liberté académique
« Les six principaux organismes de recherche européens, regroupés au sein du réseau G6 – CNR (Italie), CNRS (France), CSIC (Espagne), Helmholtz Association, Leibniz Association et Max Planck Society (Allemagne) – représentant 135 000 collaborateurs, ont publié une déclaration commune appelant à un renforcement du cadre européen de protection de la liberté académique1. » Le G6 soutient l’inscription juridique claire et contraignante de la liberté académique comme valeur fondamentale de l’Union européenne.
Par ailleurs, il envisage également la création d’un « réseau refuge (safe haven) » européen pour l’accueil temporaire de chercheuses et chercheurs en danger.
Catastrophe pour les sciences biologiques en Ukraine
Dans la nuit du 1er au 2 juillet 2026, la Russie a lancé sur Kiev l’une des attaques les plus massives de toute l’année au bilan humain très lourd. Le prestigieux Institut de biochimie O. V. Palladin de l’Académie nationale des sciences d’Ukraine, vieux d’un siècle, a subi des dégâts considérables.
Les bombardements ont également endommagé « un entrepôt humanitaire de la Croix-Rouge ukrainienne », détruisant un stock de quelque « 320 000 articles de secours » destinés « aux interventions d’urgence, au fonctionnement des hôpitaux et à l’aide vitale aux citoyens vulnérables. » Une partie significative du matériel humanitaire provenait du mécanisme européen de protection civile – un dispositif coordonné par l’UE pour soutenir les populations touchées par des crises humanitaires majeures.
Cet article est tiré du n°445 de notre revue La Vie de la Recherche Scientifique (VRS). Retrouvez l’ensemble des numéros dans notre rubrique VRS.







