Les désastres d’excellence du grand emprunt : Strasbourg (30/11/2010)

mmSNCS-FSU30 novembre 2010


Le Grand Emprunt à l’Université de Strasbourg :
un processus opaque et des conséquences majeures.

29 novembre 2010

Communiqué de l’intersyndicale « Agir Ensemble » sur le Grand Emprunt : SNESUP-FSU, SNCS-FSU, SNASUB-FSU, SUD éducation UDS, SNPREES-FO, SES-CGT, SNTRS-CGT

Le 16 septembre dernier, la Ministre a profité de sa venue à Strasbourg pour faire une opération de communication sur les bienfaits de l’autonomie des universités et le caractère « exemplaire » de la fusion strasbourgeoise. Elle a laissé entendre que l’Université de Strasbourg restait un candidat sérieux pour bénéficier d’une partie de l’appel d’offre « Grand emprunt », nommé aujourd’hui « Initiatives d’Avenir ». Mais combien de projets, censés encourager l’excellence seront-ils financés ? Et que deviendront les autres, en particulier, ceux en émergence que nous devrions soutenir pour maintenir l’excellence ? Dans le même temps, et encore plus grave, car affectant l’ensemble de l’Université, nous venons d’apprendre qu’une récente simulation du ministère utilisant les critères SYMPA, laisse planer la menace de la suppression de 185 emplois de titulaires pour l’UdS en 2012. Et cela, alors même que les besoins en emplois stables explosent dans tous les services et tous les secteurs. Les hausses mirobolantes de crédits du Ministère, annoncées à l’occasion de la publication du budget 2011, doivent tout au Crédit Impôt Recherche et aux hypothétiques intérêts du Grand Emprunt et du plan Campus. La communication du ministère est trompeuse, comme le prouvent les baisses de 15% des crédits de base du CNRS. Dans ce contexte, les différents appels d’offre du « Grand Emprunt » apparaissent comme le signe supplémentaire de concentration d’argent sur des projets ciblés (à applications industrielles ou de sociétés), dans un contexte général de baisse drastique du budget de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche dont notre université, aux finances déjà très contraintes selon le dernier CA, ne manquera pas de souffrir.

Abréviations utilisées par la suite : 
 EQUIPEX : EQUIPement d’Excellence 
 IDEX : Initiative D’Excellence 
 LABEX : LABoratoire d’EXcellence 
 SYMPA : SYstème de répartition des Moyens à la Performance et à l’Activité

A l’UdS, après les 13 projets EQUIPEX (liste jointe) discutés lors du CS du 2 septembre et envoyés le 15 du même mois, nous voici entrés dans la dernière ligne droite pour le dépôt des projets LABEX (liste jointe) prévu initialement pour le 9 novembre et reporté au 22. Le paysage dessiné par ces projets, portés par quelques laboratoires, ne laisse pas de nous inquiéter car de très nombreuses composantes disciplinaires et bien des laboratoires en sont absents (certains secteurs des sciences de la vie, les sciences pour l’ingénieur, des pans entiers des sciences humaines et sociales). C’est là, sans doute, le résultat du manque de transparence du processus, déjà dénoncé dans notre communiqué du 9 septembre, mais aussi de concurrences internes à l’UdS favorisées par la logique même des appels d’offre. La place de l’enseignement est absente dans les EQUIPEX, mais très affirmée dans les LABEX qui doivent être adossés aux masters et aux formations doctorales. Pourtant la plupart des UFR n’ont pas été associées à la préparation de ces projets, ce qui peut faire craindre là aussi de possibles « court-circuits ». Quant à la gouvernance de ces projets, elle sera sans doute faite de groupes resserrés, gérant pour leur compte une manne financière interne à chaque projet, sans pour autant que l’ensemble des composantes et laboratoires de l’Université puisse en profiter.

Par ailleurs, plusieurs projets EQUIPEX et LABEX prévoient des recrutements en CDD sur des durées très longues allant jusqu’à 5 ans. Va-t-on encore renforcer la précarité de l’emploi pour nos jeunes collègues, au détriment des emplois publics stables que l’on supprime à une cadence imposée par la Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP) et dont notre communauté universitaire souffre ? Enfin, chacun sait que les collaborations avec l’industrie dans le système français sont pour la plupart très contraignantes, souvent sans d’autre contre-partie que le co-financement du fonctionnement et d’une partie des salaires précaires dédiés à l’application de la recherche, l’essentiel étant payé par de l’argent public, ne serait-ce que celui du « Grand Emprunt ». La réponse aux appels d’offre IHU (Institut Hospitalo-Universitaire) et IRT (Institut de Recherche Technologique) ira sans doute, par essence, bien plus loin dans cette logique de dépendance à l’égard des grands groupes industriels et des intérêts économiques. Enfin les LABEX étant des projets intégrant des « équipes » classées A+, et non les UMR, on peut se demander quel rôle joueront encore demain les laboratoires dans la définition des projets de recherche.

Au plan de l’évaluation, les instances des organismes de recherche, qui pourraient effectuer une expertise scientifique nationale en amont et indépendante du pouvoir politique, ne sont absolument pas consultées sur ces projets. Il est vraisemblable que nombre d’entre eux ne seront pas retenus par les jurys internationaux et nous savons que le premier ministre décidera en dernière instance. Quel paysage de l’UdS « d’excellence » en résultera-t-il au bout du compte ? Sachant que le CNRS a déjà annoncé vouloir soutenir par des moyens financiers et humains les lauréats, sachant aussi que nous sommes entrés depuis le 20 septembre dans une longue phase de préparation du contrat quadriennal, qui s’achèvera fin 2012, après les évaluations par l’AERES et d’éventuels restructurations suggérées par ses avis, donc longtemps après que les résultats des appels d’offre « Grand Emprunt » seront connus, on peut craindre en conséquence que ces résultats ne jouent un rôle majeur, fortement influencé par le pouvoir politique, dans la restructuration de la recherche et de l’enseignement à Strasbourg, comme ailleurs.
Il faut donc que nos collègues mesurent bien les conséquences évidentes du « Grand Emprunt », tout comme celles des Fondations, des Partenariats Publics Privés et du Plan Campus : un affaiblissement de notre propre gouvernance par un contournement spécieux de nos conseils centraux élus, une dépendance accrue à l’égard du privé qui entre en force dans nos établissements, la perte de la maîtrise du financement de nos laboratoires par les organismes de recherche et les universités elles-mêmes, enfin le développement de la précarité, au détriment d’emplois publics stables.

Aujourd’hui notre présidence affecte d’affirmer que tout est fait pour permettre d’irriguer l’ensemble des disciplines, des composantes, en particulier si nous parvenons à décrocher l’appel d’offre IDEX – Initiative D’EXcellence – dont un pré-projet doit être rendu en décembre, un nouveau délai inacceptable. Elle serait alors en passe de résoudre la quadrature du cercle sous la forme du « Grand Emprunt pour tous », ce qui est bien entendu contraire à la logique même de ces appels d’offre. En effet, on peut craindre une distribution des finances sélective, imposée de l’extérieur et encouragée de l’intérieur par les équipes « d’excellence » labélisées, si toutefois l’Université est lauréate d’IDEX. Nous avons donc exigé et obtenu du président la promesse de tenir prochainement des AG sur les différents sites de l’UDS pour que soient largement débattues ces questions essentielles dans le cadre de la préparation de l’IDEX. Nous vous invitons à participer largement à ces AG et à y faire part de toutes vos interrogations, mais aussi de vos projets et propositions.

Pour leur part, les organisations syndicales et membres d’Agir Ensemble se mobilisent dans l’ensemble de l’Université, auprès des collègues et dans les conseils dans lesquels ils sont élus, pour que prévale, par la création d’emplois stables, la résorption et non le développement de la précarité ainsi qu’un projet quadriennal collectif intégrant l’ensemble des UFR, équipes, laboratoires et services, ouvert sur l’extérieur, en particulier sur Mulhouse. Elles défendent le principe d’un financement public des projets ainsi qu’une répartition des moyens alloués sous le contrôle des membres élus des comités et des conseils des Organismes de recherches et des Universités. Ces projets de recherche et d’enseignement doivent intégrer les collaborations avec les autres sites français, dans un esprit de complémentarité, plutôt que de concurrence exacerbée. Le projet IDEX de l’UdS, marqué par un cadre antinomique avec cette orientation, ne sera infléchi dans ce sens que si l’ensemble des collègues y participent avec vigilance et en gardant à l’esprit l’intérêt d’un service public d’enseignement et de recherche de qualité.

GRAND EMPRUNT : ÉQUIPEMENTS D’EXCELLENCE

Quatorze dossiers pour l’Université de Strasbourg et cinq participations à des projets nationaux sont remontés le 15 septembre dernier :

Les projets UDS :

UNION : optique ultrarapide, nanophotonique et plasmonique ; 
 CRIC : centre de ressources instrumentales en chimie ; 
 SysBioDis : plateforme dédiée à la biologie des systèmes appliquées aux maladies humaines (infrastructures en biologie appliquées à la santé) ; 
 CARMeN in vivo : imagerie métabolique in vivo en temps réel (imagerie métabolique du petit animal) ; 
 METRICETI :microscopie électronique tridimensionnelle cellulaire et tissulaire (reconstruction en 3D de cellules et de tissus) ; 
 Institut TechMed : plateforme de recherche expérimentale dédiée aux dispositifs implantables ; 
 METACIB : métabolomique ciblée de matrices complexes ; 
 INSECTARIUM : équipement de l’insectarium ; 
 CIRADT : complexe d’irradiation pour la production de radioéléments à visée diagnostique et thérapeutique (production de molécules radio-marquées pour l’imagerie TEP et TEMP) ; 
 4GCG : plateforme de géothermie ; 
 Traitement des eaux ; 
 CHARMED : base de données de chartes françaises médiévales ; 
 ALFO : à la fabrique de l’œuvre ; 
 RE3 : ressources numériques pour la recherche et l’enseignement sur les religions (numérisation et portail en sciences religieuses).

Les 5 participations à des projets nationaux :

EQUIP@MESO : mésocentre de calcul intensif ; 
 Plateforme de calcul pour la physique et la protéomique ; 
 ROBOTEX : nœud d’un réseau de plateformes robotique ; 
 RESIF-CORE : nœud du réseau sismologique ; 
 FIT : plateforme distribuée Senslab

GRAND EMPRUNT : PROJETS DE LABORATOIRES D’EXCELLENCE

Treize projets ont été déposés le 22 Novembre dans le cadre de l’appel d’offres LABEX.

Institut Pierre Chambon ; 
 chimie des systèmes complexes 
 Médalis (médicament) ; 
 NetRNA (sur l’ARN) ; 
 Systèmes biologiques des maladies viro-induites ; 
 N3 Lab (nano-objets et nano-matériaux) ; 
 Instrumentation (Physique nucléaire, capteurs) ; 
 Mathématiques et interactions ; 
 G-eau-thermie ; 
 Créativité, croissance et développement durable (économie) ; 
 Religion, laïcité et société ; 
 Sémiologie musicale et création artistique ; 
 Centre interdisciplinaire d’études européennes de Strasbourg (droit, sciences politiques).

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