Pécresse fait son rapport d’activité : Valérie super-tare(04/10/2010)

lundi 4 octobre 2010
par  Administrateur

Pécresse fait son rapport d’activité :
Valérie super-tare

Par Henri Audier

La perspective du remaniement ministériel donne des ailes à Valérie Pécresse, elle multiplie les initiatives, les interviews et les one-woman-shows, elle est sur tous les fronts. De peur qu’on l’oublie, elle fait son rapport d’activité. Son entretien dans les Echos du 27/09/10, significativement intitulé « D’ici à 2012, j’aurai réparé les dégâts de Mai 1968 » sonne comme un testament « en cas de malheur imprévu », dans lequel la sinistre donne, dans chaque phrase, toute la mesure de sa dextérité en matière de « communication » : omissions, mensonges, à-peu-près, généralisations abusives, contre-vérités, sophismes, amalgames, oxymores, etc.

En noir les questions, en bleu les réponses, en rouge nos commentaires.

La rentrée universitaire s’est plutôt passée dans le calme mais l’opinion a parfois du mal à voir clair dans toutes vos réformes : la loi sur l’autonomie, l’opération campus, les investissements d’avenir... Où en êtes-vous et quelle est leur cohérence ?

Dans la réponse qui suit, la ministre ne répond pas à la question posée, à savoir : « quelle cohérence ? ». Heureusement la Cour des comptes avait déjà répondu : « après la mise en place de nouvelles structures en 2006, après l’opération campus, les mesures envisagées pour l’emprunt national recèlent un risque d’empilement supplémentaire des labels et des structures et de complexification des relations entre les acteurs ». http://www.sncs.fr/article.php3?id_article=2401.

C’est très simple ! L’étape numéro un, cela a été, en 2007, la loi sur l’autonomie. Son objectif a été de faire sauter les barrières et de libérer les initiatives pour le plus grand bénéfice des étudiants.

« Faire sauter les barrières », « libérer les initiatives » relève du langage pécressien verbeux et sirupeux classique. Il s’agit non seulement au passage d’habiller quelques mensonges, mais aussi et surtout de s’afficher comme appartenant à la caste des managers, et d’habituer les gens à parler « néo-libéral »

Les universités peuvent maintenant gérer leurs ressources humaines, recruter des professeurs étrangers.

Mensonge encore ! Les universités depuis longtemps pouvaient recruter des professeurs étrangers. Quant à la gestion des ressources humaines par les universités, cela permet de transférer toute une gamme de tâches à remplir (plan licence, équivalence TP-TD, insertion des étudiants) sans créer le moindre poste statutaire.

Nous avons ouvert les conseils d’administration, permis la prime au mérite pour les enseignants et les chercheurs...

Si les CA sont ouverts, on se demande pourquoi la ministre propose plus loin que les « personnalités extérieures devront avoir une plus grande place ». Quant à la « prime au mérite » pour les E-C, elle existait déjà sous le nom de PEDR.

En janvier 2011, 75 universités sur 83 seront passées à l’autonomie. Les premiers pas des universités autonomes ont rassuré et lancé le mouvement en levant les craintes qui pendant tant d’années ont empêché toute réforme. La seconde étape, c’est le démarrage en 2008 de l’opération campus.

Comme si elles avaient eu le choix ! Le passage à l’autonomie était obligatoire sur 3 ans, quelques su-sucres étant distribués à celles qui passaient le cap plus vite, sans attendre la « voiture balai »

Sur l’immobilier, justement, où en est-on ?

Avec un tiers de locaux vétustes, il nous fallait un grand plan de rénovation pour mettre enfin nos campus aux standards internationaux.

C’est vrai que, après le plan Université 2000 de la gauche, rien n’avait été fait depuis 2002, date à laquelle Valérie Pécresse devint conseillère de Jacques Chirac. Visiblement, elle s’intéressait alors plus à combattre... mai 68 (voir plus loin) que de proposer à Chirac de construire des bâtiments universitaires.

Nous en avons fait un outil pour redessiner le paysage universitaire en favorisant les regroupements. Aujourd’hui, grâce aux 5 milliards de l’opération, douze campus sont en train d’émerger, dont Saclay, auquel le président de la République a donné vendredi le coup d’envoi.

« En train d’émerger » est un gentil euphémisme. Quant à Saclay, il s’agit d’une dilapidation de milliards, sans prendre en compte l’avis des intéressés, pour in fine affaiblir l’Université Paris 11-Orsay, l’une des meilleures universités françaises. http://www.sncs.fr/article.php3?id_article=2522.

Nous passons maintenant à la troisième étape avec les investissements d’avenir, financés par le grand emprunt : 22 milliards pour des universités, des laboratoires, des équipements...

Avec le Grand emprunt, il s’agit de finir d’ôter tout pouvoir aux universités et aux organismes dans la distribution des crédits (il y avait déjà l’ANR), et cela au profit des « comités Valérie » entièrement nommés. Il vise à une orientation plus utilitariste de l’ES-R. Sur le plan financier, rappelons que les intérêts versés des 22 milliards (dont, en fait, seuls 16 correspondent à l’ES-R public), seront compensés par la baisse des crédits de base des établissements. http://www.sncs.fr/article.php3?id_article=2533.

Au total, avec ces trois chantiers, l’université française se décomplexe, d’abord vis-à-vis des grandes écoles : des cursus communs et des doubles diplômes se développent. La cloison entre les deux systèmes tombe, au bénéfice des étudiants.

Oui, oui : la ministre a isolé les « 12 plus prestigieuses (grandes) écoles » dans le PRES ParisTech, pour bien les prémunir de contaminations universitaires. Il est vrai aussi qu’elle entend aligner le programme des khâgnes littéraires sur la préparation aux écoles de commerce et de management.

Ensuite, vis-à-vis du monde économique grâce aux fondations et aux partenariats entre recherche publique et privée. Et, enfin, en levant le tabou de l’insertion professionnelle avec la prochaine publication des taux d’insertion en master en novembre.

Depuis 50 ans, il y a bien 10 000 publications ou articles sur ce prétendu tabou. Il reste seulement à savoir prévoir l’évolution de l’emploi dans les dix ans qui viennent avec une erreur inférieure à 100 %. Et à justifier le fait d’ajuster les formations à ces indicateurs primaires et simplistes.

C’est l’autonomie qui a permis de déclencher la révolution culturelle de l’université française.

Appelez moi désormais Valérie Mao-Pécresse

D’ici à 2012, j’aurai, je l’espère, réparé les dégâts de Mai 1968, qui avait cassé l’université. Pas seulement au sens propre en éclatant les disciplines dans des établissements séparés, mais aussi en instaurant une gouvernance illisible et en refusant la professionnalisation.

Cette obsession anti-68 de notre versaillaise n’est pas nouvelle : « On a redécouvert les valeurs de la droite, le couple liberté-responsabilité, l’autorité, le respect de l’autre et de la loi, le travail. C’est sur ces thématiques du travail et du respect de la loi que la gauche a perdu les élections. Les gens en ont assez de l’ordre moral de Mai 68 : il est interdit d’interdire, le politiquement correct, c’est bien de ne pas travailler, on a toujours des excuses pour cracher à la gueule de son professeur ... ». Cette déclaration de Valérie Pécresse a été faite en 2003, au journal Le Progrès (le 11/03/03). Déjà tout un programme avant d’être ministre ! Peut-être même est-ce pour cela qu’elle a été choisie.

Concrètement, vous lancez aujourd’hui le très attendu appel à projets pour la dizaine d’« initiatives d’excellence », ces pôles à vocation mondiale, avec à la clef une dotation de 7,7 milliards d’euros. Quels seront les critères ?

Il faut d’abord rappeler qu’il y aura une dizaine de lauréats, capables de rivaliser avec les grands campus mondiaux comme Princeton, Harvard, Cambridge, etc. Ils toucheront les intérêts d’une dotation non consumptible de 700 millions à 1 milliard d’euros, pour une période de quatre ans. Ils pourront aussi recevoir cette dotation de manière définitive à l’issue de cette période probatoire si l’évaluation est positive.

Il s’agit de l’aspect le plus irrémédiablement destructeur de l’emprunt. Car la somme, (7,7 milliards en capital), de ces « initiatives » creusera d’autant plus les écarts entre les gagnants et les perdants qu’elle entrainera une baisse corrélative des moyens budgétaires « normaux », cette fois pour tous et qui touchera toutes les lignes budgétaires. 90 % des établissements y perdront.

Oxford, Berkeley, Harvard ou Caltech ne tiennent pas leur prestige et leurs ressources d’un grand loto, mais d’une reconnaissance nationale et internationale construite sur des décennies par la qualité de leurs formations et de leur recherche.

Pour les critères, il y en a trois qui seront arbitrés par un jury international à partir du printemps. Le ministère ne fera pas partie du jury mais accompagnera les projets. In fine, c’est le jury et le Commissariat général à l’investissement qui sélectionneront.

Rappel : le Commissaire général à l’investissement est un haut fonctionnaire nommé par Sarkozy. In fine, c’est lui qui tranchera : le choix sera politique.

Le premier critère est l’excellence de la formation et de la recherche. Cela veut dire que les étudiants devront être au contact des méthodes, des technologies et des résultats de la recherche la plus avancée, en doctorat mais aussi en master.

En creux mais très clairement, la ministre considère que le lien enseignement recherche n’est pas nécessaire en Licence. Bien sûr, ça devient une habitude, une régression est précédée de considération sur « l’excellence ».

Les partenariats public-privé [PPP] sont le deuxième critère, avec, par exemple, des laboratoires communs entreprises et universités ...

Comme toujours Pécresse se moque délibérément du monde en mélangeant tout. Il n’y a strictement rien de commun entre les PPP qui sont une forme d’emprunt-leasing et les laboratoires communs public-privé qui sont une structure de recherche, pas très nouvelle du reste puisqu’il y en a depuis vingt ans au CNRS, qui en compte dix-huit. Nouveau !!!

... des chaires financées par les entreprises ou des sociétés de valorisation de la recherche dans les pôles d’enseignement supérieur.

Sur ce point le bilan est positif car, heureusement, très peu ont été créées, même si Total en a installé quelques unes aux Etats-Unis grâce au CIR payé par le contribuable français. Même si L’Oréal (vous connaissez ?) en a créé une au Collège de France. Parce qu’il le vaut bien.

C’est crucial car, aujourd’hui, nous sommes un grand pays de sciences, mais pas encore d’innovation. Nous ne déposons pas assez de brevets au regard de la qualité de notre production scientifique et, pire, nous ne les faisons pas assez vivre sous forme de création de start-up ou de transfert de technologie à l’industrie.

Dans le monde, 98 % des brevets sont déposés par le secteur privé et industriel. Avec les aides de l’Etat (directes et fiscales) les plus fortes au monde, la ministre dresse un bilan de la recherche privée française qui ne semble donc pas très bon.

Quel sera le dernier critère ?

Les candidats devront bâtir une gouvernance efficace, en fonction des projets, des acteurs et des territoires. Je pense, par exemple, que les personnalités extérieures devront avoir une plus grande place.

Comme nous l’avions prévu dès l’annonce du Grand emprunt, l’un des objectifs est d’enlever tout pouvoir réel aux Conseils universitaires pour les conférer à « une gouvernance efficace ». A savoir avec pas ou peu d’élus. C’est de « l’autonomie dirigée ». Mais par qui ? Devinez.

Vos critères n’impliquent-ils pas une sélection à l’entrée de l’université ?

Elles le font déjà pour certains cursus. Mais l’objectif du projet, c’est effectivement d’avoir de nouvelles formations, professionnalisantes, universitaires ou mixtes avec les grandes écoles, appuyées sur des travaux de recherche de pointe.

Là, Pécresse s’attribue l’invention du fil à couper le beurre : cela fait plus de 20 ans que les universités ont mis en place des formations professionnalisantes. Par contre, pour les formations mixtes avec les (grandes) écoles, la ministre a dressé toutes les barrières pour que cela se fasse le moins possible : (i) le PRES ParisTech (bientôt université ?) isole des cursus universitaires les douze écoles « les plus prestigieuses » ; (ii) parmi elles, huit sont à Saclay ou vont y déménager. Donc, à l’exception de Paris 11-Orsay (et encore il faut voir), pratiquement aucune université de l’I-d-F ne pourra mettre en œuvre les annonces de la ministre.

Un autre appel à projets du grand emprunt, pour les équipements cette fois, vient, lui, de se terminer. Quels en sont les premiers retours ?

Nous avons récolté 333 dossiers. La moitié dans l’ingénierie et 10 % dans les sciences humaines et sociales. Nous avons par exemple reçu des demandes de cryomicroscopes électroniques, qui sont sept fois plus nombreux en Allemagne... Il y a aussi à Caen un projet original sur le traitement du cancer par irradiation d’hadrons.

Comme l’a dit si joliment, mais involontairement, Pécresse devant la CPU : « Nous allons apporter un soutien exceptionnel, en permettant aux équipes les plus prometteuses de bénéficier ENFIN des équipements lourds qu’elles attendent, parfois depuis des années ». Dans la novlangue, une équipe prometteuse travaille sur un sujet s’inscrivant dans la SNRI (Stratégie Nationale de Recherche et d’Innovation).

N’êtes-vous pas avec ces opérations en train de créer une université à deux vitesses ?

Les investissements d’avenir auront un effet d’entraînement sur toutes les universités. Ils les mettront en réseau pour ne pas laisser sur le côté les plus petites.

C’est très exactement le contraire, et c’est fait pour cela : quand on met 7,7 milliards sur quelques sites, qu’on laisse au mieux stagner les crédits budgétaires pour les autres, on accroît les disparités et, à terme, on élimine la recherche de tous les perdants du loto « initiatives d’excellence ».

Nous avons réussi in extremis à retenir un chercheur exceptionnel de classe mondiale sur les batteries électriques, Jean-Marie Tarascon, en partance pour les Etats-Unis, en lui montrant que son laboratoire d’Amiens pourrait être labellisé.

Ceci démontre le crétinisme et le malthusianisme qui sous-tendent les « initiatives d’excellence », qui sont en fait le moyen de réduire la recherche internationale à une dizaine de sites en France. Ce qui est anormal c’est qu’il faille le fait du prince pour permettre à Jean-Marie Tarascon de rester en France. Combien, au nom d’une prétendue quête d’« excellence », d’excellents laboratoires dans des universités petites ou moyennes sont ou vont être condamnés ? Combien de jeunes (et de moins jeunes) chercheurs, reconnus internationalement, ont quitté la France à cause de cette politique absurde. Avec une telle politique, quelle chance aurait eu un Gérard Férey, médaille d’or 2010 du CNRS, ancien instituteur, qui a commencé sa carrière à l’IUT du Mans, qui l’a poursuivie à l’université du même nom, puis à Versailles-Saint-Quentin ? Crétinisme est le bon terme.

Vous êtes là depuis 2007, mais vos réformes n’ont pour l’instant pas fait remonter la France dans les classements internationaux. Quand prévoyez-vous une amélioration ?

Je fais tout pour que nos résultats s’améliorent dans les classements 2011. Pour l’instant, on ne voit pas l’effet des réformes parce qu’une bonne partie des universités ne renseignent pas suffisamment les classements. Pour le classement de Shanghai, toutes les données ne sont pas prises en compte puisque le CNRS et l’Inserm refusaient jusqu’à présent que les publications de leurs chercheurs des unités mixtes universités-organismes de recherche soient retenues. C’est absurde. Cela doit changer.

Ah Shanghai ! Ce classement inepte sur lequel Valérie Pécresse s’est appuyée pour justifier ses réformes est devenu persona non grata depuis qu’il nuit gravement au rapport d’activité de Pécresse : depuis 2007, les classements ne se sont pas améliorés. Mais pour se justifier, elle ne trouve rien d’autre qu’une contre-vérité : jamais le CNRS ou l’INSERM n’ont empêché les chercheurs de signer les publications de leurs deux tutelles, organisme et université.

A votre avis, si elle reprend le pouvoir en 2012, la gauche reviendra-t-elle sur certains points de la réforme ?

Elle ne reviendra sur rien. Je fais la réforme de l’université avec les universitaires et ils sont majoritairement de gauche... Je crois qu’ils attendaient cette réforme. Aujourd’hui, le système des appels à projets du grand emprunt fait avancer les choses.

C’est l’habitude de Pécresse de parler pour la droite, le centre et la gauche. Avec des bonnes raisons car Pécresse a fait l’unanimité en déclenchant (2009) le plus fort et le plus long mouvement de contestation qu’ait jamais connu l’université française. En ce sens, elle a raison de dire « qu’elle a rétabli la fierté universitaire ». Tous les partis de gauche ont déjà annoncé « qu’ils remplaceraient le Pacte pour la recherche et la LRU par une nouvelle Loi d’orientation et de programmation. »

Le président de la République a non seulement décidé de faire la réforme, mais aussi d’y mettre les moyens et d’en finir avec une honte française qui était le sous-financement de l’université.

Pécresse a au moins inventé une nouvelle unité de compte : le milliard-verbal. Pour le reste, malgré les milliards verbaux qui pleuvent chaque année, l’OCDE n’a pas encore observé le moindre soubresaut de l’effort financier de la France.


Etes-vous candidate à votre propre succession ?

J’irai où je suis utile, il me reste beaucoup à faire ici.

Oui, il reste beaucoup à faire ! C’est sans doute la seule phrase juste du texte : porter l’effort de recherche de la France à 3 % du PIB, démocratiser l’accès à l’université, faire un vrai plan licence contre l’échec, organiser les universités en réseau, rapprocher universités et grandes écoles, aménager le territoire, donner aussi des moyens aux organismes de recherche, faire un plan pluriannuel de création d’emplois scientifique, éliminer la précarité, redonner l’espoir au jeunes, développer la recherche industrielle, réviser en profondeur le CIR, doubler le nombre de docteurs et de d’ingénieurs-docteurs formés, etc., etc.


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