Des fruits pourris dans les voeux du Président de la République SNCS-HEBDO 11 N°01 du 4 Janvier 2011

mercredi 5 janvier 2011
par  Administrateur


« Et l’année 2011 s’annonce comme porteuse d’espérance. La croissance revient. Les grandes réformes engagées commencent à porter leurs fruits. Nos universités enfin autonomes s’ouvrent et se modernisent comme jamais elles ne l’ont fait dans le passé. Nos chercheurs se sont vus dotés de moyens financiers considérables grâce au grand emprunt. Nos entreprises utilisent à plein le crédit d’impôt recherche pour innover. » Tel est le constat fait par le Président de la République au tout début de ses vœux.

Par Henri-Edouard Audier, membre du BN du SNCS-FSU

Quand on connaît la situation réelle de l’enseignement supérieur et de la recherche, il y a de quoi en effet se faire du souci ! Car si ce sont là les plus grands succès de la politique gouvernementale depuis 2007, dans quel état se trouve le reste ? Ce discours de désinformation systématique peut hélas fonctionner parce qu’il ne s’adresse ni aux chercheurs, ni aux étudiants, qui ont manifesté par dizaine de milliers en 2009 et 2010 contre la politique scientifique de Sarkozy, mais « au grand public » dont la confiance en l’État est ainsi trahie. La nouveauté des vœux présidentiels est celle-ci : l’Université et la recherche sont désormais aux avant-postes de la propagande gouvernementale.

Pourtant le fait est bien, comme nous le démontrons année après année, qu’il n’y a pas eu un sou de plus pour l’enseignement supérieur et la recherche depuis 2007 en euros constants [1]. Tous les syndicats et les associations ont repris cette affirmation dans leur conférence de presse du 14 décembre dernier. Terra Nova l’a réaffirmé à nouveau dans une deuxième note [2]. Libération et La Tribune ont fait écho à cette situation, mais rien dans Le Figaro, Les Échos ou Le Parisien ... Ainsi, grâce à la complicité calculée de la plupart des médias, Sarkozy peut utiliser l’enseignement supérieur et la recherche comme paravent à l’insuccès de sa politique. Pourtant, ce paravent se base sur ce qui restera comme l’une des pires catastrophes de tout le quinquennat, puisqu’il s’agit d’une coupable impréparation de l’avenir.

Le SNCS, qui s’est battu durant des décennies pour préserver l’autonomie du CNRS, n’a rien contre l’application de ce concept aux universités, dès lors surtout s’il s’agit vraiment, réellement d’autonomie et d’indépendance scientifique. Mais la vérité est que loin de progresser, l’autonomie des universités régresse ! Jamais, même dans les pires périodes, on n’y a vu un tel désordre, sans même parler du tarissement des financements et des emplois. Mères-porteuses de décisions auxquelles elles sont totalement étrangères, les universités et autres établissements n’ont d’autonomie sur rien. Tout comme aux organismes de recherche, les structures caporalistes que sont l’ANR et le soi-disant « grand emprunt » leur ont enlevé toute marge et tout rôle. Les organismes sont démolis. La « culture de projet » si chère au président cultive en pratique surtout de la mauvaise herbe : la technocratie et l’autoritarisme dégueulent de partout. Les structures s’empilent et les instances élues sont poussées vers un rôle marginal.

C’est tous contre tous. Des projets de Labex (laboratoires d’excellence) sont ficelés en hâte, sans avis des conseils de laboratoires ni des conseils d’universités, souvent même sans information des personnels pourtant concernés. Des projets d’Idex préconisent des découpages scandaleux d’universités et de PRES voire de laboratoires, allant jusqu’à piquer tel ou tel individu prétendument excellent, et sèment la zizanie partout. Aucun débat n’a plus lieu hors d’aréopages très restreints, autoproclamés porteurs de ces mascarades, et qui se croient investis d’une mission salvatrice. Dès lors pourquoi s’embarrasser de formalités comme la démocratie scientifique ? Belle application de la LRU !

Quant aux « chercheurs [qui] se sont vus dotés de moyens financiers considérables grâce au grand emprunt », ce qu’ils ont vu, ce qu’ils vont voir, c’est qu’on leur fait rembourser l’emprunt par des baisses budgétaires, avant même qu’ils aient vu un seul sou du dit emprunt. Les crédits de l’Institut National des Sciences mathématiques baissent en 2011 de 30 %. Belle récompense pour ses récentes médailles Fields !.

Le Crédit d’impôt recherche (CIR) est un scandale tous les jours plus monstrueux, qu’ont déjà dénoncé la Cour des Comptes et les commissions et rapports de l’Assemblée et du Sénat. Hélas rien ne semble pouvoir arrêter ce gaspillage colossal qui consiste à faire de l’État un bailleur de fonds providentiel aux grands groupes, sans effets sur leur potentiel de recherche.

Pourtant, pris mot à mot, tout n’est pas faux dans le discours du Président de la République. Et en en changeant quelques-uns, on s’approche même de la réalité. Qu’on en juge :
« Et l’année 2011 s’annonce comme porteuse d’angoisse. La croissance est désespérément molle. Les grandes réformes de destruction du service public aggravent la situation. Nos banques et institutions financières, qui nous ont plongés dans la crise, font des bénéfices comme jamais elles ne l’ont fait dans le passé. Nos riches rentiers se sont vus dotés de revenus financiers considérables. Nos entreprises utilisent à plein le crédit d’impôt recherche pour augmenter leurs profits. »

Bonne année à tous !

(1) http://www.sncs.fr/article.php3?id_article=2667
(2) http://blog.educpros.fr/henriaudier/2011/01/02/« -budget-de-lenseignement-superieur-et-de-la-recherche-suite-la-ministre-se-trompe- »-une-excellente-note-de-terra-nova/

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SNCS HEBDO 11 n°01

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