Chercher et apprendre sans entraves mai 68 et après

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Chercher et apprendre sans entraves mai 68 et après

VRS n°413
Parution
07/2018
Numéro
413
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édito

par Chantal Pacteau

Chercher et apprendre sans entraves Mai 68 et après

Pourquoi donc parler ici de « mai 68 » ? Nul désir de commémoration et encore moins de célébration… mais la nécessité de rappeler les aspirations et engagements qui l’ont porté et leur pourquoi ; de discuter, en creux, de ce qui nous arrive aujourd’hui, pour garder et intensifier la détermination de lutter contre la fatigue qui règne dans nos laboratoires et universités, à cause de batailles que l’on croit perdues.

Il faut rappeler que c’est en mai 68 que ce sont élaborées des propositions concrètes de transformation des modes d’orientation, de structuration et de gestion de l’université et de la recherche, dont nombre perdurent encore ; et surtout, qu’ont été contestés le pouvoir mandarinal et le fonctionnement hiérarchique de nos institutions. Le système universitaire n’avait pas bougé depuis 1896 ; le pouvoir des patrons était tel qu’ils pouvaient cumuler la direction de plusieurs laboratoires en même temps !

Chercheur, enseignant-chercheur, ingénieur, technicien, personnel non-enseignant, chacun a alors pris conscience de son rôle social et a travaillé à une organisation collective et émancipatrice de notre communauté. D’origines sociales de plus en plus diverses avec la massification de l’enseignement supérieur, les assistants – dont les perspectives de carrière étaient incertaines car entièrement dépendantes des professeurs – et les étudiants se rapprochent. Tous portent un discours critique et émancipateur et s’engagent, au-delà de revendications corporatistes, pour un autre monde.

Né des protestations mondiales contre l’ordre établi de l’après-guerre, les guerres coloniales, le moralisme étouffant de sociétés patriarcales et les hiérarchies sociales intolérables, mai 68 – au-delà des images de pavés et de manifestations impressionnantes gravées dans la mémoire collective – est un moment unique de convergences de colère, d’intelligence, de créativité, de soif de vivre ensemble et de prendre en main ses affaires… Acquis sociaux, libération des moeurs, émancipation de la parole, aube des mouvements féministes, rien ne sera plus comme avant, même si la droite revient rapidement au pouvoir. La face de l’université – et, dans une moindre mesure, celle du monde scientifique – en est bouleversée.

Et pourtant… Comme plusieurs auteurs de ce dossier le font remarquer, aujourd’hui le pouvoir politique a réintroduit des pratiques de pilotage abusif de la recherche, de concurrence au-delà du tolérable, d’emploi précaire…. Certes, il n’y a pas eu retour dans nos milieux des costumes-cravates et de leur pendant féminin, le port obligatoire de la jupe, mais il est troublant de constater à quel point les termes des débats d’il y a cinquante ans règnent dans un monde qui a tant changé : pilotage, concurrence, sélection, emploi précaire, adaptation, rentabilité économique, et même, primes (sans transparence) !

Avec mai 68, les sciences humaines françaises, comme la philosophie des lumières deux siècles auparavant, se sont propagées au-delà de nos frontières. Laissons leur ici le dernier mot, celui du philosophe Deleuze et du psychanalyste Guattari pour qui mai 68 a été « un phénomène de voyance, comme si une société voyait tout d’un coup ce qu’elle contenait d’intolérable et voyait aussi la possibilité d’autre chose ».



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