VRS 443 : Actualités octobre-décembre 2025
Et si les objets, les environnements et les applications étaient imaginés, dès leur conception, pour être accessibles à toutes et tous… Devant la multiplicité des interactions personnes-objets-environnements envisageables, comment rendre le « design universel » concret ?
Ont participé à la rédaction des actualités : Florence Audier, Hervé Christofol, Patrick Monfort, Chantal Pacteau.
Cabales contre la liberté académique en France
Enquête sur l’antisémistisme dans l’enseignement supérieur et la recherche
Le SNESUP-FSU et le SNCS-FSU considèrent la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et toutes les formes de discrimination, comme une priorité. Ces maux gangrènent les sociétés démocratiques ; ils méritent toute notre attention autant comme citoyen-nes que comme enseignant-es chercheur-ses et chercheur-ses, mais une attention à la hauteur de l’enjeu qu’ils représentent.
Dans un courrier du 18 novembre 2025, la direction générale de la recherche et de l’innovation a demandé aux président-es d’université de relayer auprès des personnels et des étudiant-es de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR) un questionnaire présenté comme « une enquête nationale sur l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur et la recherche » menée par une équipe de chercheur-ses du CEVIPOF. Cette enquête, commandée par le ministère à l’IFOP, s’est révélée être un sondage d’opinion dont la médiocrité de la construction ne saurait souffrir la comparaison avec un réel travail scientifique. Ce questionnaire pêchait tout à la fois par la confusion des sujets abordés, l’orientation des réponses souhaitées – une fois de plus à charge de l’institution – et l’illégalité du questionnement des agent-es de la fonction publique par leur autorité de tutelle sur leurs convictions politiques et religieuses, qui plus est sans garantie réelle d’anonymat. Un mécanisme ouvrait, de plus, la possibilité de cartographier politiquement ou idéologiquement le paysage de l’ESR. En l’espèce, cette enquête contrevenait à la nécessaire neutralité de l’institution et à celle du service public : un principe qui rend possible et même souhaitable l’organisation de débats de discussions sur tous les sujets à même de préoccuper les universitaires et les étudiant-es.
Signataires de la pétition de la LDH à l’attention du ministre de l’ESR « Refusons le projet d’enquête nationale sur l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur et la recherche », le SNESUP-FSU et le SNCS-FSU ont condamné, avec la plus grande fermeté, le procédé utilisé. Le SNESUP-FSU a, de plus, demandé aux président-es d’université de ne pas se faire la courroie de transmission du ministère en diffusant le sondage et aux collègues de refuser de participer à une mascarade scientifique au service d’objectifs politiques à peine voilés.
Vendredi 5 décembre, sans aucune explication, le questionnaire n’était plus accessible.
Le débat scientifique n’est pas un débat d’opinion*
Les 13 et 14 novembre, l’administrateur du Collège de France annulait un colloque intitulé « La Palestine et l’Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines », qui devait avoir lieu dans son établissement. Il expliquait que la décision d’annulation reposait sur la crainte de troubles à l’ordre public (…) et n’avait pas été suscitée sous la pression de Philippe Baptiste, le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace.
Défendre la liberté académique aurait dû consister, pour le Collège de France, à assurer la sécurité du colloque en son sein. La vie scientifique doit rester en dehors de toute pression idéologique, politique, économique ou religieuse, qu’elles soient intérieures ou extérieures.
Attaques individuelles contre des scientifiques
En quelques années, la communauté scientifique a malheureusement dû s’habituer à des attaques contre différentes disciplines, accompagnées à chaque fois de remises en cause ciblées de certaines thématiques de recherche. Des groupes de pressions vilipendent ce qu’ils stigmatisent comme du « wokisme », des groupes d’intérêts dénigrent les alertes contre le réchauffement climatique et l’origine humaine de la détérioration du climat. Des travaux scientifiques sont contestés, notamment en sciences humaines et sociales…
Ces derniers mois ont vu une évolution notable et délétère de ces pratiques avec le ciblage, non plus seulement de domaines de recherche et de leurs communautés scientifiques, mais d’individus qui sont personnellement et nommément désignés, comme à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) ou à l’Institut d’études politiques (IEP ou Sciences Po) de Strasbourg. À chaque fois, ce sont la réputation scientifique et la probité intellectuelle des personnes qui sont mises en cause en bloc, au mépris des règles d’évaluation par les pairs du travail de recherche des individus et au mépris du respect des libertés académiques. Ces attaques ciblées sur des individus sont inacceptables.
Des assises sur le financement des universités : pour quoi faire ?
Le mardi 9 décembre 2025, lors du débat budgétaire au Sénat sur les crédits de l’enseignement supérieur et de la recherche, le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace, Philippe Baptiste, a annoncé l’organisation d’assises sur le financement des universités, dès janvier 2026, pour discuter des défis budgétaires et des pistes d’avenir. Il continue d’affirmer qu’il y a de « l’argent qui dort » dans les fonds de roulement et la trésorerie des universités qu’il faut mobiliser, ce qui va à l’encontre des résultats de la Cour des comptes cités par un récent rapport du Sénat et de certaines conclusions de ce même rapport. Les travaux des assises seront co-présidés par Gilles Roussel, professeur d’informatique et président de l’Université Gustave Eiffel et Jérôme Fournel, inspecteur général des finances et ancien directeur de cabinet de Michel Barnier à Matignon. Les discussions seront organisées autour de trois thématiques : « établir un état des lieux incontestable et partagés sur les ressources », « ouvrir un dialogue sur la contrainte de gestion des établissements » et « ancrer le repositionnement plus stratégique de la relation État-université ».
Avec ce débat a resurgi le spectre de la hausse des droits d’inscription à l’université. Vanima Paoli-Gagin, rapporteure spéciale de la commission des finances, a déposé un amendement au projet de loi de finance 2026 visant à augmenter les frais d’inscription en licence et en master. À 23h45, le ministre, reconnaissant que cette mesure ne pouvait pas être décidée par quelques parlementaires sans un débat de société plus ouvert, l’amendement a été rejeté.
C’est dans ce contexte que ces assises s’organisent. L’enseignement supérieur n’a pas besoin d’assises sur le financement des universités mais d’un budget pour assurer ses missions de service public.
DésUMRisation : une procédure en dehors du code de la recherche
Le CNRS a annoncé son désengagement partiel ou total de plusieurs unités mixtes de recherche. Le point commun entre ces désUMRisations est de survenir, pour plusieurs d’entre elles, en cours de contrat, et ce, sans concertation avec les autres tutelles des unités, et sans consultation préalable des sections concernées du Comité national, ce que dénonce la Conférence des présidents des sections du Comité national (CPCN) qui rappelle que toute décision de désengagement doit rester fondée sur une évaluation collégiale, transparente et scientifiquement argumentée. L’accroissement actuel des désUMRsations et les nouvelles modalités de désengagement choisies par la direction du CNRS se produisent selon des modalités contestables. Le SNCS-FSU et le SNESUP-FSU dénoncent ces modalités et demandent que tous les changements de tutelles des unités de recherche du CNRS soient précédés de concertations avec les autres tutelles et de consultations des sections concernées du Comité national.
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Presse, justice, université, la démocratie menacée
Protection sociale complémentaire (PSC) : qui va payer et quand ?
En réponse à un courrier intersyndical (FSU, UNSA, CFDT, CGT, Snalc, Sud et Solidaires), le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace (MESRE) a annoncé la reprise des affiliations au nouveau régime de protection sociale complémentaire santé par la MGEN, stoppées à sa demande expresse.
Cependant, le ministère n’apporte aucune garantie sur la mise en route du régime prévue au 1er mai 2026, affirmant même que l’autonomie des établissements leur permettrait de décaler le début de la couverture à une date variable entre le 1er mai et le 1er décembre 2026, une manœuvre qui viserait essentiellement à faire, pendant sept mois, des économies, ce qui est contraire au contrat signé par le ministère avec la MGEN en avril 2024.
Par ailleurs, le gouvernement revient, dans son projet de loi de finances, sur son engagement de compenser la prise en charge de la moitié de la cotisation par les établissements de l’ESRE au travers de la subvention pour charge de service public ; alors que ce même projet de loi prévoit, pour les autres ministères, la mise en route du régime au 1er mai 2026.
Le SNCS-FSU vous informe sur la Protection sociale complémentaire (PSC)*
La protection sociale complémentaire (PSC), qui comprend la complémentaire santé et la prévoyance, doit être mise en place à partir de mai 2026. La complémentaire santé sera obligatoire (sauf dispense) pour toutes les agentes et tous les agents du MESRE. Son coût sera pris en charge en moyenne à 50 % par l’employeur (CNRS, INRAE, Inserm, Inria, IRD…). La cotisation mensuelle de la couverture socle (sans option) restant à charge pour les agentes et agents est variable en fonction du salaire brut (…) L’opérateur pour le contrat prévoyance n’est pas encore connu à cette date. Les directions du CNRS, de l’INSERM et de l’Inria ont confirmé vouloir mettre en place le nouveau dispositif dès le 1er mai pour leurs agentes et agents.
Le privé délivre désormais plus d’un quart des diplômes du supérieur
À la session 2023, 915 400 diplômes ont été délivrés dans l’enseignement supérieur en France. Les écoles de commerce, gestion et comptabilité, qui relèvent quasi-toutes du secteur privé, ont délivré 99 500 diplômes, soit une hausse de 8,4 % par rapport à l’année précédente (après déjà +12,3 % entre les sessions 2021 et 2022). La dynamique soutenue observée depuis 2019 se confirme donc, avec une croissance moyenne annuelle exceptionnelle de 12,3 % entre 2019 et 2023 dans ces écoles. Le privé délivre désormais 28,2 % des diplômes du supérieur…

L’action de PAUSE est fragilisée
Depuis 2017, le programme PAUSE (Programme national d’accueil en urgence des scientifiques et des artistes en exil), porté par le Collège de France, offre un refuge aux scientifiques et artistes contraints à l’exil. PAUSE fait face à d’importantes difficultés financières. Alors qu’il a reçu un afflux sans précédent de demandes cet automne (plus de cent candidatures provenant de personnes souvent en danger de mort), le programme ne dispose pas des ressources nécessaires pour remplir ses objectifs. En outre, alors que des universités se sont engagées à les recevoir, la suspension des évacuations de Gaza maintient 25 lauréat-es de PAUSE et leurs familles dans des conditions de survie extrêmes. Leur accueil est une priorité.
IA : si la technologie est l’outil, l’humanité est l’auteure
Première rencontre mondiale des organisations membres consacrée aux enjeux de l’IA dans l’éducation et la recherche, la conférence mondiale de l’Internationale de l’Éducation (IE) sur l’intelligence artificielle qui s’est tenue à Bruxelles les 4 et 5 décembre, avait pour thème « Façonner notre avenir : les syndicats de l’éducation pour une IA centrée sur l’humain ». Elle visait à définir une orientation collective pour l’action de l’IE aux niveaux mondial, régional et national.
Deux mois auparavant, la conférence européenne du CSEE, qui se tenait à Copenhague (7 et 8 octobre), réunissait plus de 70 syndicalistes, chercheurs et experts européens dans le cadre du projet « Balancing AI in Education », cofinancé par l’Union européenne. La conférence soulignait le caractère profondément transformateur de l’IA pour l’éducation et la recherche, tout en affirmant que son orientation dépendra des choix politiques, professionnels et syndicaux des acteurs de ces domaines.
Un temps fort a été consacré à l’enseignement supérieur et à la recherche, avec une session dédiée aux effets de l’IA sur le travail académique, la gouvernance universitaire, la liberté académique et l’intégrité scientifique. Les échanges, nourris par les travaux du futur ouvrage ETUI-CSEE, ont mis en évidence le rôle stratégique des syndicats pour encadrer l’usage de l’IA dans la recherche et préserver l’autonomie professionnelle.
Mark Bray, historien américain menacé de mort pour ses travaux sur l’antifascisme
Historien spécialiste de l’histoire de l’anti-fascisme à l’université Rutgers du New Jersey aux USA, Mark Bray s’est exilé en Espagne suite à des menaces de mort. Visé pour avoir écrit un livre sur l’histoire du mouvement antifasciste il y a sept ans, il était la cible de conservateurs sur les réseaux sociaux depuis que Donald Trump a qualifié les antifa de « terroristes ».
Invité au séminaire de « Politique des sciences » à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) du 12 novembre 2025 qui portait sur la capture du récit historique par l’extrême droite, il a expliqué comment, après avoir reçu de nombreuses menaces de mort et la publication de son adresse internet avec des informations sur sa famille, il a déménagé en urgence avec elle en Espagne.
L’UE prévoit d’écarter les universités chinoises de la moitié du programme Horizon Europe*. Un document en projet montre que la Commission vise également à exclure complètement les « Sept fils de la défense nationale chinoise » du programme de recherche. Ces sept fils sont des universités chinoises spécialisées dans la formation des ingénieurs de l’armement et étroitement liées à l’armée chinoise, servant de tête de pont pour des infiltrations académiques à l’étranger.
https://miniurl.be/r-6kma
Universités britanniques
Faillite de la marchandisation des études supérieures
La situation catastrophique des établissements au Royaume-Uni devrait servir d’exemple de ce qu’il ne faut surtout pas faire pour conserver un enseignement supérieur en bonne santé. La marchandisation en cours depuis plusieurs années dans le pays a en effet mis à mal le système universitaire britannique, financé en grande partie par les droits d’inscription des étudiants.
Le Royaume-Uni va réintégrer en 2027 le programme européen Erasmus
Un accord a été trouvé le 17 décembre 2025 pour que le Royaume-Uni réintègre Erasmus+ à partir de janvier 2027, permettant à près de 100 000 étudiants britanniques de partir en Europe et vice-versa.
Cet article est tiré du n°443 de notre revue La Vie de la Recherche Scientifique (VRS). Retrouvez l’ensemble des numéros dans notre rubrique VRS.






