Pour la recherche française aussi, les signaux sont au rouge

SNCS-FSU16 septembre 2026
Communiqué du SNCS-FSU du 16 septembre 2026 : Pour la recherche française aussi, les signaux sont au rouge

Ces dernières semaines ont vu paraître presque simultanément deux informations. L’une annonçait un rapport « secret » de la Cour des comptes proposant de concentrer l’effort de recherche national sur quelques universités de pointe et l’autre rendait compte d’une étude de l’Observatoire des sciences et techniques montrant un décrochage de la recherche française. La simultanéité des deux parutions est fortuite ; elle n’en est pas moins parlante.

L’Observatoire des sciences et techniques (OST) du Haut conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (Hcéres), a donc publié une étude¹ qui détaille l’évolution de six indicateurs reposant sur les publications et les citations des articles des laboratoires français. Ces données sont couramment utilisées pour évaluer le travail et la production des chercheurs et chercheuses car elles en forment la partie la plus objective et quantifiable. L’étude de l’OST montre que la part des publications françaises dans le monde a diminué. Et pas seulement par rapport aux pays émergents dont la contribution est en forte croissance : la France décroche par rapport à d’autres pays comparables, tels que l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne. Son pourcentage dans la production mondiale d’articles scientifiques (1,88%) est même inférieur à celui de l’Australie (1,95%) qui a pourtant 2,5 fois moins d’habitants…

De façon étonnante, on peut constater, avec un peu de perversité, un saut brutal vers 2019, peu après l’arrivée d’Emmanuel Macron à la présidence de la République. C’est, selon toute vraisemblance une coïncidence, les décisions des gouvernements comme les réformes qu’ils initient mettant en général quelques années à produire des effets, qu’ils soient positifs ou négatifs… Il n’empêche que le monde de la recherche et de l’enseignement supérieur est l’objet de réformes de structures, de changements de ses modes de financement (principalement sur appels à projets) et de baisses chroniques des crédits alloués qui n’ont fait que s’accentuer ces dernières années. Quand la France investit à peine 2,2% de son PIB dans la recherche publique et la R&D, d’autres pays comme la Chine ou l’Allemagne investissent entre 2,8% et 3,1%, respectivement. Pourtant la France dans les années 2000 s’était engagée à investir 3% de son PIB !

On se rappellera que, alors haut fonctionnaire, Emmanuel Macron avait coécrit un rapport sur l’enseignement supérieur et la recherche ; il en avait fait la synthèse dans un article de la revue Esprit². On y trouvait l’annonce des bouleversements qui ont jalonné les 20 dernières années et qui ont conduit de manière inéluctable au décrochage constaté par l’OST. Ce décrochage est justement l’excuse toute trouvée par le Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche pour justifier aujourd’hui l’absorption de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) par le CNRS.

Le rapport que la Cour des comptes aurait rédigé dans le plus grand secret³ poursuit sur la ligne tracée par le président de la République. Il propose de sabrer les dotations des organismes de recherche, en citant l’Inserm, le CNRS et l’Inria, au profit des universités à haute intensité de recherche et veut « transformer le CNRS en méta-agence », assumant la fonction de l’Agence nationale de la recherche (ANR), avec laquelle il fusionnerait.

Ces propositions de la Cour des comptes sont déconnectées de la réalité. Les organismes de recherche assurent une coordination de la recherche publique au niveau national que ne peuvent assurer les universités dont le périmètre est trop local. Ils sont les garants de la bonne utilisation des deniers publics. Ils sont aussi des outils éprouvés et efficaces, qui, contrairement à une idée reçue trop largement diffusée, ont leurs pendants chez nos partenaires, qu’ils soient européens ou autres, avec un rôle assumé dans la cohérence des politiques de recherche. À quelques mois des élections présidentielles et législatives, quel intérêt d’ainsi faire craindre des changements de dernière minute à notre système de recherche ? Le monde de la recherche a la nausée de toutes ces soi-disant réformes qui ne font qu’alourdir les démarches administratives au quotidien des chercheuses et des chercheurs, les privant d’un temps précieux de recherche, et provoquent l’évaporation des deniers publics dans des superstructures de contrôle redondantes et inutiles.

Ces propositions de la Cour des comptes rendues publiques cet été ne sont pas nouvelles et avaient déjà été présentées dans une note de la Cour des comptes en 2021⁴, à la suite de laquelle le SNCS-FSU avait proposé une motion au conseil national et l’enseignement supérieur et de la recherche (CNESER) qui l’avait adoptée. Nous pourrions reprendre cette motion en intégralité. En particulier, Le CNESER considérait que « la mise en œuvre de ces propositions de la Cour des comptes […] mettrait en péril la recherche publique en France. Les EPST et leur personnel chercheur, ingénieur et technicien apportent une contribution irremplaçable à la recherche publique en France. Il convient de rappeler que le CNRS, l’INSERM, l’INRAE, INRIA et l’IRD sont des étendards de la recherche française à l’international, avec une aura qui a été récompensée par de nombreux prix Nobel. Les UMR, avec les universités et les EPST comme tutelles, sont au centre de la coordination entre les politiques de recherche locale et nationale. Le CNESER ne pourrait accepter aucune perspective qui aboutirait à la suppression des UMR, des EPST, au transfert du personnel chercheur, ingénieur et technicien des EPST des UMR aux universités et à la fusion des deux corps d’enseignants-chercheurs et de chercheurs en un seul corps. Une telle réforme conduirait à ne garder dans le paysage national de la recherche publique que des établissements publics à caractère industriel et commercial (EPIC), dont les objectifs sont différents de ceux des EPST, et à supprimer toute organisation nationale du développement des connaissances. »

Le SNCS-FSU veut dire l’aspiration de toutes et de tous à trouver la stabilité nécessaire à un travail profitable dans nos laboratoires et nos équipes de recherche, sans craindre de perdre les quelques subsides alloués à la recherche et qui sont déjà insuffisants.

Le SNCS-FSU souhaite avec force que la France retrouve sa place dans la recherche scientifique au niveau international. Pour cela il est indispensable d’investir massivement dans l’ESR pour former les scientifiques de demain, leur offrir un emploi stable, et leur donner les moyens d’exprimer leur créativité et de produire des connaissances de qualité dans tous les domaines, sur le long terme. Sans une recherche publique forte, un pays n’est pas en capacité de faire face aux crises majeures qui impactent déjà fortement notre pays : climatique, biodiversité, santé, ressources en eau et alimentaire, démocratique et socio-économique. C’est là que se situe l’enjeu.

¹ Etude de l’Observatoire des sciences et techniques du 26 juillet 2026La France dans la compétition scientifique mondiale : radioscopie d’un décrochage ? »
² Esprit 2007 (12 décembre), pages 160 à 187Henri Guillaume, Emmanuel Macron « Enseignement supérieur, recherche, innovation. Quels acteurs ? » DOI 10.3917/espri.0712.0160
³ voir par exemple La Lettre, 27 juillet 2026
Note de la Cour des comptes du 21 octobre 2021Les universités à l’horizon 2030 : plus de libertés, plus de responsabilités



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