Le scientifique et le militaire – Dossier VRS n°445

SNCS-FSU13 juillet 2026
Article de la VRS n°445 : Le scientifique et le militaire

L’extension des conflits et de la loi du plus fort, militairement et économiquement, dans les rapports internationaux se traduisent par une nouvelle course aux armements et une reprise des industries de guerre. Ce contexte interroge la place de la recherche, en revenant sur la tension entre scientifiques et militaires.

Ce dossier de la VRS propose un recul historique, à travers des contributions questionnant les apports réciproques entre la recherche (et la technologie) et la guerre qui tiennent pour partie à un lien privilégié avec l’État (articles de M. Blay, H. Vérin). De ce point de vue, les deux guerres mondiales marquent un tournant, au lendemain d’un engagement paroxysmique de la recherche dans la course aux armements (C. Blondel), en laissant entrevoir une recherche « pure » ou « fondamentale », non guidée par les applications (et donc, y compris militaires), dans le giron public, symbolisée en France par la création du CNRS (C. Didry et B. Gralak). Ainsi, face à la montée des périls, les institutions de la recherche apparaissent comme autant de havres pour organiser la mise à l’abri de chercheur-es persécuté-es par leurs gouvernements (D. Dosso).

Cette capacité de la recherche à organiser la mise en sécurité des scientifiques et à promouvoir la paix se retrouve aujourd’hui sous différentes modalités. Ainsi, le programme PAUSE, initié en 2016, continue à ouvrir l’accès à un refuge pour des chercheur-es jeté-es sur les chemins de l’exil par la guerre (Soudan, Ukraine, Gaza…), et ce malgré les menaces permanentes sur sa pérennité. De plus, c’est l’ambition d’exercer un contrôle sur la recherche dans le domaine de l’armement et sur la commercialisation de ses produits qui se dégage à travers les initiatives de la Fédération mondiale des travailleurs scientifiques que relate A. Jaeglé, ou encore à travers l’action de la CGT (G. Lewandowski) au sein du groupe Thalès.

Mais c’est aussi, à l’inverse, le poids d’une « socialisation militaire » des individus et de leurs capacités qui tend à limiter la portée des valeurs de la recherche. Cela passe par l’euphémisation et la dissimulation des conflits d’intérêts pour entretenir la « paresse de l’apocalypse » dans l’évaluation des risques nucléaires (B. Pelopidas). Les résistances à une enquête dans l’armée grecque traduisent les évidences de la domination masculine dans cet espace social (A. Drongiti). La neutralisation technique de séminaires conçus sur le modèle ludique du hackathon accompagne une familiarisation nouvelle des ingénieurs à l’armement (J. Frances). Enfin, les « zones à régime restrictif » se multiplient, limitant sans véritable justification le principe de libre communication au cœur de la recherche fondamentale (D. Peaucelle et J. Diaz).

Dans cette VRS, l’enjeu est d’explorer un contexte nouveau en tentant de dégager les voies d’une action pour le maintien et le développement des valeurs portées par la recherche et défendues par son syndicalisme.

 

Cet article est tiré du n°445 de notre revue La Vie de la Recherche Scientifique (VRS). Retrouvez l’ensemble des numéros dans notre rubrique VRS.



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