VRS n°411 - Hiver 2017

jeudi 14 décembre 2017
par  SNCS

L’enseignement supérieur et la recherche face au "pouvoir des algorithmes"

Laurence Favier

Les succès des méthodes d’apprentissage des machines (des méthodes visant à rendre les machines capables d’apprendre et donc d’évoluer de façon autonome) issues de l’analyse de la masse de données disponibles, incluant celle des traces d’activité des internautes, renouvellent les applications de ce que l’on nomme depuis une soixantaine d’années "l’intelligence artificielle". La généralisation de ces applications, ainsi que notre dépendance aux systèmes de recommandation multiples qui nous amènent à déléguer aux machines, pour le meilleur comme pour le pire, nos décisions et nos choix, conduisent à de nombreux débats relatifs au "pouvoir des algorithmes". Loi pour une République numérique portée il y a un an par Axelle Lemaire (2016), chantier lancé par le Conseil national du numérique avec l’INRIA sur la "transparence des algorithmes", consultation cette année initiée par la CNIL, rapports multiples sur l’intelligence artificielle, publications variées ont donné un écho public aux préoccupations relatives au développement actuel des technologies de l’information. Le débat rentre dans la sphère publique en même temps qu’il engage le milieu scientifique et académique à y prendre part au delà des laboratoires.

L’ESR (l’enseignement supérieur et la recherche) est particulièrement concerné par ce débat sur le "pouvoir des algorithmes". Il y est impliqué à la fois dans sa gestion (l’application "Admission Post-Bac" en a été un exemple illustre), dans le développement de la recherche concernant ce domaine au cœur d’enjeux éthiques âprement discutés mais aussi d’innovations dont le succès est indiscutable, dans le devenir de l’enseignement (les perspectives de l’e-education), enfin dans la réflexion sur l’avenir des métiers auxquels nous formons les étudiants aujourd’hui.



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VRS 411




édito

Hervé Cristofol, Secrétaire général du SNESUP-FSU

Le projet de loi Vidal : un projet conservateur, inégalitaire, austéritaire, anxiogène et buraucratique

Le projet de loi VIDAL pour l’accès au premier cycle de l’enseignement supérieur qui sera débattu à l’Assemblée nationale du 13 au 15 décembre puis au Sénat en janvier 2018, est une réforme conservatrice, inégalitaire, austéritaire, anxiogène dont nous demandons le retrait.

Ce projet est conservateur, car c’est un vieux projet de la droite que d’utiliser la sélection pour contenir l’augmentation des flux de bacheliers et maintenir les enfants des classes populaires majoritairement représentées dans les baccalauréats technologiques et professionnels dans des filières courtes. C’était celui de Jean Lecanuet en 1967, d’Alice Saunier-Seïté en 1976, d’Alain Devaquet en 1986. A chaque fois, c’est à l’issu de fortes mobilisations que ces projets ont pu être écartés et qu’ont pu être imposés les moyens qui permettent l’accueil et la réussite de toutes et tous.

Il est inégalitaire, car il reproduit les inégalités culturelles et sociales de l’enseignement secondaire lors de l’affectation des élèves dans l’enseignement supérieur. Avec ce projet, il en serait fini des parcours d’un tel qui a obtenu un doctorat depuis un CAP, ou d’une telle qui, après un BEP, poursuit ses études et devient commissaire aux comptes.

Il est austéritaire, car la gestion des flux prévue a pour objectif de limiter l’investissement dans le service public. De plus, il ne prévoit pas de faire converger l’investissement par étudiant consenti pour les formations universitaires avec le montant de celui octroyé aux classes préparatoires ou aux grandes écoles.

Il est anxiogène pour les lycéens qui auparavant se voyaient toujours accueillis à l’université et qui désormais n’ont plus aucune certitude quant à la possibilité de poursuivre des études dans le supérieur.

Il est bureaucratique, car il génère une gestion administrative de la sélection qui coûte et consomme des postes de travail qui seraient beaucoup mieux utilisés pour l’encadrement des étudiants.

Contrairement au gouvernement qui veut sortir par le bas du défi que constitue l’accueil de 200 000 étudiants supplémentaires au cours des cinq prochaines années - à savoir la sélection et le sous-investissement dans l’enseignement supérieur et la recherche (ESR) - , nous militons pour relever ce défi par le haut, grâce à un investissement massif dans l’ESR et à la création de places dans les formations à la hauteur des besoins.


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