VRS n°405 08/2016

lundi 22 août 2016
par  Administrateur

Dix années d’action collective, un autre ESR est possible !

Par Laurence Favier

Les bouleversements subis par l’enseignement supérieur et la recherche scientifique en une dizaine d’années sont impressionnants : Pacte pour la Recherche (traduit par une loi de programme en 2006), loi Liberté et Responsabilité des Universités (2007) instaurant les « responsabilités et compétences élargies », mise en place de l’Agence Nationale de la Recherche (2005), création de l’Agence d’Évaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur (2007) puis du Haut Comité Évaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur pour la remplacer, réorganisation des organismes de recherche et tentative de leur démantèlement pur et simple (2009), remise en cause du statut des enseignants-chercheurs par la tentative d’imposer une modulation de leur service désormais inscrite dans un décret, refonte des modalités de leur recrutement, recomposition territoriale de tout le paysage de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR) au sein de Communautés d’Universités (COMUE) associant établissements publics et privés, engagement à la fusion des universités pour répondre aux exigences des programmes d’investissement d’avenir, réforme incessante des diplômes qui, du processus de Bologne (1999) aux multiples reconfigurations de la formation des enseignants et du diplôme de doctorat ont émaillé ces dernières années. La liste n’est pas exhaustive mais montre l’ampleur de ces bouleversements. Or ils témoignent d’une orientation politique bien particulière, destinée à soumettre l’ESR à un pilotage politique renforcé, essentiellement au service d’intérêts économiques de court terme, et à le désintégrer en tant que service public. À cette orientation politique que nous contestons, nous opposons l’idée qu’un autre ESR est possible et indispensable : c’est au service de ce projet que nous proposons un retour sur nos analyses de la politique menée ces dix dernières années.

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édito
par Hervé Christofol, Secrétaire général du SNESUP-FSU

Faut-il que tout change pour que rien ne change ?

En cette dernière année du quinquennat de François Hollande, tout semble se débloquer du point de vue du budget de l’enseignement supérieur et de la recherche, des grilles de salaires et du point d’indice des fonctionnaires.
Si nous croyons les annonces ministérielles, pour la première fois depuis sept ans, le budget 2017 de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR) ne baisserait ni en euros constants, ni en part de produit intérieur brut (PIB). C’est une excellente promesse, certes très en dessous des besoins évalués à trois milliards et demi de croissance annuelle pendant dix années, mais qui pourrait permettre de ne pas aggraver la situation actuelle. De plus, cette année, nos ministres ont reconnu qu’une loi de programmation budgétaire pluriannuelle était nécessaire pour notre ministère. Cela adviendra-t-il dès 2017 ?
La revalorisation du point d’indice est symbolique, elle ne compense pas la perte de pouvoir d’achat subie depuis son gel en 2010 et encore moins les 25 % d’érosion… depuis 1983. Tout au plus permet-elle de compenser - avec retard - l’augmentation de la retenue pour pension imposée en janvier 2015, en janvier 2016 et en janvier 2017.

Après la revalorisation des grilles des catégorie C, B et A des agents de la fonction publique, et après celle des enseignants de statut second degré en juin 2016, viendra le tour des chercheurs, enseignants chercheurs, ingénieurs, techniciens, bibliothécaires et administratifs de catégorie A et A+ de notre ministère fin 2016. C’est la FSU qui a rappelé au ministère de la Fonction publique notre existence car, à l’origine, les corps des catégories A+ ne devaient pas être revalorisés dans le cadre du protocole PPCR (parcours professionnels, carrières et rémunérations) ! Les espoirs sont énormes et légitimes, tant les niveaux de qualification exigés pour le recrutement, l’âge d’entrée dans les corps, les blocages dans les grades et les missions ont évolué au cours des trente dernières années.

Dans ce numéro, nous proposons de revenir à travers une sélection d’articles portant sur une dizaine d’années de politique néolibérale dans l’ESR. Dix années au cours desquelles, nous avons vu décroître les effectifs des organismes de recherche, imposer l’austérité aux établissements d’enseignement supérieur via une « autonomie » qui a laissé aux équipes de direction le soin de gérer la baisse du budget par étudiant, généraliser le financement de la recherche via des appels à projet concurrentiels, exploser la précarité, renforcer le pilotage des orientations de la recherche, dénigrer le statut des chercheurs fonctionnaires et baisser nos rémunérations.

Si la part que la France consacre à l’ESR a baissé au cours de cette dernière décennie, ce n’est pas faute de besoin ; et ce n’est pas une fatalité. Divers pays ont fait d’autres choix ; à nous de peser pour que les décisions de cette année conduisent à une autre politique. Tout n’est pas qu’une question de budget, c’est aussi une question de politique scientifique, de volonté de développement des services publics et de la fonction publique : un choix de société.


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