Le CNRS et la CPU réinventent l’eau tiède pour justifier les Comue et la régionalisation de l’ESR.
Sncs-Hebdo 15 n°4 du 13 février 2015.

vendredi 13 février 2015
par  Boris Gralak, Henri Audier

Nous étions habitués à ce que la CPU (Conférence des présidents d’université) soutienne tout ce qui affaiblit le CNRS : existence de l’AERES, de l’ANR ou des Alliances pour s’en tenir là. Jusqu’ici, la direction du CNRS adoptait une attitude ambiguë en accompagnant ce mouvement tout en affichant les atouts du CNRS. Mais on a l’impression qu’aujourd’hui la direction du CNRS abandonne toute volonté de maintenir une politique nationale de recherche. En effet, comment expliquer la présence d’Alain Fuchs, président du CNRS, et de Jean-Loup Salzmann, président de la CPU lors des journées d’accueil des nouveaux directeurs d’unité (les 20 et 21 janvier 2015 à Paris) si ce n’est pour une opération publicitaire justifiant la mise en oeuvre de politiques de site contrôlées par les Comue (communautés d’universités et établissements) ? Et si l’un et l’autre n’hésitent pas à enfoncer des portes ouvertes, c’est pour mieux masquer une évolution vers la régionalisation de la recherche, qui elle-même conduira à l’affaiblissement des organismes de recherche, voire à terme à leur disparition.

Henri-Edouard Audier et Boris Gralak, membres du bureau national du SNCS-FSU


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En introduction de ces journées, Alain Fuchs affirme « Notre vrai particularisme, c’est d’avoir considéré séparément et depuis trop longtemps la formation et la recherche. Tout le travail qui est en cours [la mise en place des Comue] vise à abolir cette séparation artificielle des deux faces d’une même médaille. Nous avons déjà beaucoup évolué grâce à l’UMR, qui donne à notre système la spécificité d’être hybride et mixte ». Et de conclure : « Nous ne sommes pas loin de voir le bout de cette phase de transformation, qui doit aboutir à des ensembles multidisciplinaires qui auront du souffle et des capacités d’attractivité ». A quoi Jean-Loup Salzmann répond en insistant sur le « continuum recherche, formation et valorisation », et en affirmant que « la création des Comue et les politiques de site doivent faciliter en permettant au CNRS et aux universités de progresser sur la gestion commune des unités de recherche et d’avoir un lieu où se parler, où mettre en commun leurs forces et leurs stratégies ».



Ces duettistes ne peuvent ignorer tout de l’histoire des institutions qu’ils président. Les « laboratoires associés », ancêtres des UMR, ont été créés en 1965, il y a un demi-siècle, par Pierre Jacquinot, alors directeur général du CNRS. Aujourd’hui, via les UMR, 90% du potentiel humain du CNRS travaille dans des structures communes avec l’enseignement supérieur. La contractualisation entre le CNRS et les universités date de plusieurs décennies, afin notamment de faire converger la politique nationale des organismes avec les besoins d’enseignement et de recherche des universités, ou ceux découlant de l’insertion régionale de celles-ci. Il s’agit de mettre en commun, au sein des UMR, ce qui peut l’être en fonction des missions et des choix scientifiques de chacun. Cela n’empêche en rien chaque partenaire de mener seul (ou avec d’autres) les sujets qu’il juge importants. En ce sens, la contractualisation pouvait préserver à la fois la mission nationale de chaque organisme de recherche, mais aussi la diversité des missions des universités, dans le cadre d’une politique nationale de l’enseignement supérieur.

Bien entendu, avec la LRU (Loi relative aux libertés et responsabilités des universités) et la multiplication du nombre des établissements d’enseignement supérieur sur un territoire géographique, il est absurde que le CNRS négocie séparément avec chacun des établissements universitaires. Cela fait longtemps que nous avons suggéré que ce soit au niveau d’un ensemble géographique que se discutent les grandes lignes de la contractualisation entre un organisme et les établissements d’enseignement supérieur concernés. Mais, in fine, le contrat se devait d’être discuté et approuvé par chaque établissement et par les instances du CNRS. Nos propositions permettent de s’assurer que les engagements contractualisés se réalisent dans de bonnes conditions, tout en préservant le rôle national du CNRS.

Aujourd’hui, traiter la question du lien organismes-universités par le biais des Comue devient très dangereux, et ce pour deux raisons. D’abord parce que, par-delà l’avis que chacun peut avoir sur les Comue et sur sa Comue, la composition des instances de direction des Comue sont en retrait, du point de vue démocratique, sur celles des universités, y compris telles que définies par la LRU. Surtout parce qu’il est totalement aberrant – comme on l’a dit et écrit, que les organismes nationaux de recherche soient parties prenantes de la direction des Comue. A terme, c’est réduire la politique nationale des organismes à l’addition de celles de 20 Comue. On mesure encore mal toutes les conséquences probables de cette dissolution programmée du CNRS dans l’enseignement supérieur au sens large, vu les compétences des Comue. En particulier, le risque est réel de voir le statut de chercheurs à temps plein, comme celui d’ITA, disparaître progressivement pour compenser, année après année, l’absence de créations d’emplois dans l’enseignement supérieur.

Le danger est d’autant plus grand qu’existent des forces centrifuges voulant donner des pouvoirs beaucoup plus forts aux régions. Ainsi, en janvier 2015, le Sénat a voté un amendement donnant à celles-ci une prérogative d’élaboration de la carte universitaire. Soyons très clairs : que les régions soient consultées pour établir cette carte, rien de plus normal, ce d’autant qu’elles participent au financement de l’enseignement supérieur et de la recherche. En revanche, donner aux régions un véritable droit de veto sur la carte des formations conduirait à la disparition de toute politique nationale d’enseignement supérieur, ce qui est inacceptable. Ce serait aussi supprimer la politique nationale de recherche, via notamment les Comue, avec à terme la dissolution des organismes de recherche nationaux. L’amendement sénatorial doit être maintenant soumis aux députés. On espère que ceux-ci auront à coeur d’être à l’écoute de la communauté scientifique nationale. Le SNCS demande que cet amendement soit supprimé.


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