VRS n°413 - Eté 2018

mardi 31 juillet 2018
par  Administrateur

Chercher et apprendre sans entraves Mai 68 et après



Chantal Pacteau

Pourquoi donc parler ici de « mai 68 » ? Nul désir de commémoration et encore moins de célébration… mais la nécessité de rappeler les aspirations et engagements qui l’ont porté et leur pourquoi ; de discuter, en creux, de ce qui nous arrive aujourd’hui, pour garder et intensifier la détermination de lutter contre la fatigue qui règne dans nos laboratoires et universités, à cause de batailles que l’on croit perdues.

Il faut rappeler que c’est en mai 68 que ce sont élaborées des propositions concrètes de transformation des modes d’orientation, de structuration et de gestion de l’université et de la recherche, dont nombre perdurent encore ; et surtout, qu’ont été contestés le pouvoir mandarinal et le fonctionnement hiérarchique de nos institutions. Le système universitaire n’avait pas bougé depuis 1896 ; le pouvoir des patrons était tel qu’ils pouvaient cumuler la direction de plusieurs laboratoires en même temps !

Chercheur, enseignant-chercheur, ingénieur, technicien, personnel non-enseignant, chacun a alors pris conscience de son rôle social et a travaillé à une organisation collective et émancipatrice de notre communauté. D’origines sociales de plus en plus diverses avec la massification de l’enseignement supérieur, les assistants – dont les perspectives de carrière étaient incertaines car entièrement dépendantes des professeurs – et les étudiants se rapprochent. Tous portent un discours critique et émancipateur et s’engagent, au-delà de revendications corporatistes, pour un autre monde.

Né des protestations mondiales contre l’ordre établi de l’après-guerre, les guerres coloniales, le moralisme étouffant de sociétés patriarcales et les hiérarchies sociales intolérables, mai 68 – au-delà des images de pavés et de manifestations impressionnantes gravées dans la mémoire collective – est un moment unique de convergences de colère, d’intelligence, de créativité, de soif de vivre ensemble et de prendre en main ses affaires… Acquis sociaux, libération des moeurs, émancipation de la parole, aube des mouvements féministes, rien ne sera plus comme avant, même si la droite revient rapidement au pouvoir. La face de l’université – et, dans une moindre mesure, celle du monde scientifique – en est bouleversée.

Et pourtant… Comme plusieurs auteurs de ce dossier le font remarquer, aujourd’hui le pouvoir politique a réintroduit des pratiques de pilotage abusif de la recherche, de concurrence au-delà du tolérable, d’emploi précaire.... Certes, il n’y a pas eu retour dans nos milieux des costumes-cravates et de leur pendant féminin, le port obligatoire de la jupe, mais il est troublant de constater à quel point les termes des débats d’il y a cinquante ans règnent dans un monde qui a tant changé : pilotage, concurrence, sélection, emploi précaire, adaptation, rentabilité économique, et même, primes (sans transparence) !

Avec mai 68, les sciences humaines françaises, comme la philosophie des lumières deux siècles auparavant, se sont propagées au-delà de nos frontières. Laissons leur ici le dernier mot, celui du philosophe Deleuze et du psychanalyste Guattari pour qui mai 68 a été « un phénomène de voyance, comme si une société voyait tout d’un coup ce qu’elle contenait d’intolérable et voyait aussi la possibilité d’autre chose ».



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édito

Hervé Christofol Secrétaire général du SNESUP-FSU

Déréglementer, mettre en concurrence, précariser

En une année, le gouvernement a réussi le tour de force d’accélérer la déstructuration de l’espace national de l’enseignement supérieur et de la recherche et de poursuivre l’affaiblissement des droits et statuts des personnels. Tour d’horizon des dernières mesures de ce premier semestre 2018 en quelques dates.

9 juillet. Le jury international du troisième volet du Programme d’investissements d’avenir (PIA) annonce avoir retenu dix-neuf projets de « Nouveaux cursus à l’université » (NCU) sur les quarante-neuf déposés, ce qui porte à trente-six le nombre de NCU validés en deux appels pour un montant de 325 M€ sur dix ans (soit un peu moins de 1 M€ par an et par projet). Ces projets ne permettent pas de recruter des titulaires. Le nouvel arrêté licence généralise ces expérimentations, poursuit la mise en concurrence des établissements et limite les liens formation-recherche. Rappelons que dans l’ESR, faute de moyens suffisants, 19 300 postes de titulaires étaient gelés en 2017 (soit l’encadrement de 200 000 étudiants dans dix universités).

12 juillet. Pour son appel à projet générique 2018 (1), l’Agence nationale de la recherche a retenu 981 projets (67 de plus qu’en 2017) sur les 7 004 déposés (en baisse de 20 % par rapport à l’année dernière). Un taux d’échec de 85,9 % qui correspond à 262 années de travail de chercheur (si l’on compte dix jours de travail de préparation en moyenne pour chacune des 6 023 propositions non retenues), soit plus que les 250 recrutements prévus en 2019 par le président du CNRS…

14 juillet. Seulement 53 % des inscrits sur Parcoursup ont accepté une affectation ; 128 763 candidats n’ont pas encore reçu de proposition et déjà 111 212 ont abandonné la plateforme. Le résultat est pire qu’APB. Comme nous l’avions diagnostiqué, il n’y a pas eu d’amélioration dans l’affectation et la satisfaction des bacheliers mais bel et bien contrôle du flux d’entrée et généralisation de la sélection dans l’enseignement supérieur, fût-ce au détriment des lycéens des milieux populaires.

2018 est également une année noire pour tous les fonctionnaires puisque le gouvernement a rétabli le jour de carence pour les arrêts maladie, augmenté la CSG, reporté d’une année les revalorisations de PPCR et gelé le point d’indice pour une année supplémentaire (soit une perte de pouvoir d’achat du montant de l’inflation : 1 % en 2017 et 9 %, au total, depuis 2010). Les primes statutaires de notre ministère restent les plus faibles de toute la fonction publique ; et parallèlement à la PEDR et au RIFSEEP, apparaissent avec les fonds du PIA, des primes à la tâche individualisées… alors que l’essentiel de nos missions relève de travaux collectifs.

Si l’objectif des 2 % de PIB consacrés aux dépenses du ministère de la Défense est fixé à 2022, à quand celui des 3 % du PIB consacrés à l’enseignement supérieur et à la recherche publique ?

Les « événements de mai 1968 » ont démontré que, soumis à un rapport de force, un gouvernement pouvait changer de politique pour l’ESR au bénéfice des personnels, des étudiants et de la société. Le dossier de ce numéro l’explore.





1 http://www.agence-nationale-recherche.fr/informations/actualites/detail/publication-des-premiers-resultats-de-lappel-a-projets-generique-2018/


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