VRS n°412 - Printemps 2018

vendredi 11 mai 2018
par  Administrateur

Le business des publications scientifiques

Chantal Pacteau et Florence Audier

« Un pays qui exporte sa matière première à bas prix, et réimporte le produit fini au prix le plus fort, est dans une logique de sous-développement. C’est cette logique qui prévaut dans l’édition scientifique internationale. (…) Jusqu’à maintenant, l’édition scientifique électronique reproduit en grande partie les schémas archaïques de production, parce qu’elle émane des éditeurs scientifiques commerciaux… », écrivait Anne Dujol en 1996. « Il y a fort à parier que, dans un très proche avenir, de nombreux auteurs s’affranchiront des contraintes actuelles de la publication d’articles scientifiques et ‘publieront’ électroniquement les résultats de leurs travaux, » poursuivait-elle.

Hélas, elle sous-estimait la puissance et l’« agilité » des éditeurs mondialisés qui tiennent ce qui est devenu un des business les plus lucratifs au monde. Et elle surestimait la compréhension des enjeux de la part des scientifiques et de leur bureaucratie, dans un monde où, comme à la chasse, la publication est devenue une performance où le/la scientifique exhibe ses trophées.

L’inflation des publications est telle que les bibliographies, bien souvent stéréotypées, résultent davantage de la collecte de résumés que de discussions scientifiques. On écrit mais on ne lit pas ; et la critique des résultats, les vérifications, le dialogue s’en ressentent.

Peut-être plus grave encore, les scientifiques leur ayant délégué l’évaluation de leurs travaux en leur décernant le label « d’excellence » (« où publies-tu » plutôt que « que publies-tu »), les revues – et donc les éditeurs qui les possèdent – ont acquis un pouvoir exorbitant sur la politique scientifique des institutions, voire des Etats.

Mais le vent tourne. Les institutions de recherche et d’enseignement supérieur et leurs bibliothèques croisent le fer avec les éditeurs commerciaux. Et les chercheur·e·s commencent à reprendre en main l’édition de leur travail.




1- Anne Dujol, « Revues scientifiques médicales et droit d’auteur », Bulletin des bibliothèques de France (BBF), 1996.
Disponible en ligne : http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-1996-01-0075-012



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édito

Patrick Monfort, Secrétaire général du SNCS-FSU

Priorité à l’emploi scientifique

Ces dernières années, la mobilisation du milieu scientifique a permis d’imposer un nombre minimum de recrutements au CNRS. Ce nombre reste toutefois insuffisant. C’est ainsi que, malgré l’embauche annuelle de trois cents chercheurs et trois cents ingénieurs et techniciens (IT), le CNRS a perdu plus de 1200 postes de titulaires depuis 2007 (350 chercheurs et 850 IT). On peut imaginer quelle serait la situation si nous n’avions pas ralenti la chute.

Or, voici que le nouveau président du CNRS, Antoine Petit, nous déclare qu’un recrutement plus faible ne serait pas un problème pour l’établissement. Ce manque d’ambition à la tête du plus grand organisme de recherche français est inacceptable, et nous fait craindre une réduction des recrutements dès 2019.

C’est qu’aujourd’hui, comme nous ne cessons de le rappeler en nous appuyant sur les chiffres de l’OCDE1, la France a décroché en matière de recherche par rapport à ses principaux partenaires. Avec 2,2 % (environ 0,8 % pour la recherche publique et 1,4 % pour la recherche privée) du produit intérieur brut (PIB) consacré à la recherche et développement (R&D), elle reste très en deçà de l’objectif des 3 % (1 % pour la recherche publique, 2 % pour la recherche privée) fixé en 2002 par la stratégie européenne.

Pour contrer ce décrochage, l’État doit ré-investir de manière forte et durable en faveur de la recherche publique. Cela passe par une loi de programmation, avec un budget en augmentation de trois milliards d’euros par an pendant dix ans, afin de réaliser l’objectif des 1 et 2 % du PIB, respectivement pour la recherche et l’enseignement supérieur publics.

Les investissements des entreprises privées doivent enfin atteindre l’objectif de 2 % du PIB en dépense totale de R&D. Mais le secteur privé persiste dans son refus d’investir suffisamment. Le mal nommé « crédit d’impôt recherche » reste encore et toujours une aubaine fiscale… qui coûte six milliards d’euros par an au budget de l’État ! Sans aucune obligation d’embaucher les jeunes docteurs qui n’attendent que cela, ni d’investir dans la R&D, ce dont notre pays a pourtant besoin pour construire son avenir.

Le budget 2019 sera-t-il celui de la relance de l’investissement dans la recherche ? Pour ce qui est des recrutements, la ré-augmentation des nombres de départs en retraite, au cours des prochaines années, peut donner quelques possibilités supplémentaires. Mais cela ne suffira pas. Pour sortir du déclin, un plan pluriannuel de l’emploi scientifique est nécessaire, avec cinq mille créations d’emplois de chercheurs, d’enseignants-chercheurs, d’ingénieurs et de techniciens, par an pendant dix ans.


1 Research and Development Statistics, édition 2017.


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