VRS n°395 12/2013

mardi 10 décembre 2013
par  VRS

Recherche : l’injonction d’innover

L’éditorial de Marc Neveu et Claudine Kahane Cosecrétaires généraux du SNESUP-FSU

L’austérité n’est pas une fatalité

Les difficultés budgétaires des établissements d’enseignement supérieur et de recherche (ESR),
désormais devenues aiguës et générales, ne sont ni le résultat d’« erreurs de gestion » locales, ni
la conséquence malheureuse d’une autonomie « mal accompagnée », tel que le discours ministériel
tend à le faire croire. Il s’agit au contraire de l’effet de l’application très méthodique de la logique
libérale inscrite en 2007 dans la LRU, confirmée et étendue en 2013 dans la loi sur l’ESR. Pour placer
les formations et la recherche au service d’intérêts marchands, l’austérité structurellement imposée
à l’ESR, notamment par le biais des Responsabilités et compétences élargies des universités, est
une arme délibérément choisie.

L’enquête du SNESUP, présentée le 12 novembre dernier lors de la journée « L’université de
toutes les austérités : une fatalité ? », fait la démonstration de l’extrême gravité de la situation, à
partir des informations issues de près de 50 établissements [1] : gels de postes, budgets rognés,
formations amputées, conditions d’étude et de travail dégradées, précarité accrue, activités de
recherche en péril, s’imposent comme unique perspective aux universités en déficit, voire, pour l’une
au moins, en cessation de paiement [2], malgré une course désespérée et incessante aux ressources
propres et aux financements sur projets.

Dans le même temps, la communauté scientifique est sous le feu des tirs convergents de François
Hollande et de Geneviève Fioraso, vantant l’innovation, le transfert, et l’entrepreneuriat, de la
maternelle à l’université. La loi ESR ajoute le « transfert » aux missions de l’ESR, le projet d’arrêté
sur le Cadre national des formations place les formations sous le pilotage systématique de conseils
de perfectionnement incluant des représentants du monde socioprofessionnel et tente d’imposer
l’alternance et les stages comme pratiques pédagogiques à vocation universelle. Les incitations à
développer sans limites des partenariats avec l’industrie se multiplient. Quelques exemples tirés
de l’actualité récente : le « plan d’actions en faveur de l’entrepreneuriat étudiant » lancé le 22 octobre
par G. Fioraso ; le « plan national pour l’innovation », présenté le 5 novembre 2013, dont les priorités
sont « la culture de l’innovation » dans l’ESR et « les échanges entre laboratoires publics et privés ».

Le SNESUP et le SNCS dénoncent ces choix d’orientation budgétaire du gouvernement, qui suivant
les mêmes voies que ses prédécesseurs, vise à renforcer le pilotage de l’ESR par des intérêts privés
et une logique de mise en concurrence généralisée, à contresens du développement de ses missions
fondamentales de service public. Les choix alternatifs doivent être imposés, comme la remise en
cause du crédit d’impôt recherche (et dans l’immédiat la redistribution, au profit de l’ESR, d’un
milliard d’euros parmi les 6 dont il bénéficiera en 2014), et le transfert des financements sur projet
(ANR, Plan d’investissement d’avenir) vers les établissements au profit notamment de financements
de recherche récurrents et pérennes pour les laboratoires. En cette période de votes budgétaires,
au Parlement et dans les établissements, le SNESUP et le SNCS seront à l’initiative d’actions fortes
et unitaires.


1. Le dossier de presse contenant des témoignages de personnels, des exemples fournis par les élus des conseils centraux des établissements,
des démonstrations par les présidents d’universités de l’aggravation structurelle de la situation financière des établissements est en ligne
sur le site du SNESUP : http://www.snesup.fr (actualités du sup). 2. Dans un message à tous les personnels, le président de l’université de
Versailles St Quentin a annoncé le 12 novembre : « Pour les dépenses incompressibles (salaires, sécurité, PPP) jusqu’au 31 décembre 2013,
19 millions de trésorerie étaient nécessaires. Nous en avons 15. […] Bercy a demandé la suspension immédiate du règlement des factures
et des nouveaux engagements ».



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