Un burn-out évitable - Sncs Hebdo 14 n°04 du 6 mars 2014

jeudi 6 mars 2014
par  SNCS

Le quotidien Le Monde consacrait, le 19 février dernier, sous le titre Chercheurs sous pression, une double page au malaise des laboratoires. Ce dossier faisait suite à un communiqué du SNTRS-CGT sur la souffrance au travail au CNRS. Ce communiqué, bien qu’extrapolant à partir d’événements dramatiques dont toutes les causes ne sont pas connues, avait eu le mérite de poser la question.

Malheureusement l’attention des médias ne semble pas être allée jusqu’aux recommandations finales du communiqué syndical. Celui-ci concluait en effet : « Il est temps de s’attaquer aux causes des risques psychosociaux et non à leurs seuls symptômes ». Hélas la conclusion des journalistes se perd dans des considérations tarte-à-la-crème sur la « compétition scientifique mondialisée », la nécessaire formation des responsables d’unités au « management » (sic) et le fait que « comme pour la recherche » (un comble ... ), « trouver les bons remèdes demande du temps » !

Ce discours temporisateur, prônant des mesures vaguement palliatives, n’est pas, c’est un euphémisme, à la hauteur de la situation. La souffrance au travail, aujourd’hui dans les laboratoires de recherche, a des causes concrètes. Ce sont ces causes qu’il faut éliminer. Contrairement à ce que pense la journaliste du Monde, cela peut aller très vite : on peut, entre autres, supprimer l’ANR et rendre les moyens qui ont été détournés vers elle aux établissements publics de recherche, immédiatement. Le malaise des laboratoires en serait tout de suite considérablement réduit !

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SNCS-Hebdo 14 n°4 - PDF

Un burn-out évitable
La crise a bon dos. Pire que la crise, il y a le discours qu’on nous fait subir. Sous prétexte de crise, et au nom d’une pseudo-modernité qui voudrait que nous n’ayons plus le droit de faire de la recherche scientifique « comme avant », on détruit notre métier. Nous montrerons une autre fois que, malgré le cours naturel de l’histoire, des éléments fondamentaux de notre métier ne sont, eux, pas susceptibles de péremption. L’urgence est d’affirmer que le principal vecteur de la crise d’ambiance que nous connaissons n’est pas la crise. Il est plutôt l’absence, malgré le changement de majorité politique de 2012, d’aucun changement significatif dans les politiques publiques en matière de recherche. Pis, des réformes qu’on voulait croire passagères se sont trouvées, au contraire, confortées par la nouvelle majorité. La communauté scientifique en conçoit un légitime désespoir.

La peine est double : non seulement c’est la crise, mais pour bénéficier des quelques subsides que peut encore nous accorder l’Etat, nous sommes désormais obligés de subir mille embûches ! Pourquoi les crédits de fonctionnement de la recherche doivent-ils désormais passer par cette administration parasite que constitue l’Agence nationale de la recherche ? Pourquoi, à l’heure où on allège encore les formalités de l’inopérant cadeau fiscal que constitue le crédit impôt-recherche, rend-on toujours plus tatillon le contrôle (a priori, et à coup de « feuilles de temps », et a posteriori) des chercheurs publics ?

Sous prétexte d’une « compétition internationale » tout droit sortie de modèles inadaptés, on dresse les chercheurs, les équipes, les laboratoires les uns contre les autres. On nous transforme en gladiateurs ! Ce n’est pas par des mesures d’accompagnement qu’on mettra fin aux traumatismes ainsi créés. Exigeons immédiatement la fin de ces compétitions stupides. Par-dessus le marché, la ministre trouve le moyen de qualifier l’évaluation scientifique par les pairs de système « endogène, voire incestueux » ! Si l’on veut que cesse le malaise, il faut, pour commencer, adopter un point de vue plus respectueux des acteurs.

Contrairement à ce que prétendent les bons docteurs (pour beaucoup hélas, des non-docteurs ...) qui veulent faire notre bien malgré nous, il n’y a pas besoin de longues années de cure pour obtenir des résultats. Tout le fatras de mesures vexatoires qui, tous les jours, nous accable peut être balayé, si on en a la volonté, très rapidement. Certes la liste est longue : PIA1, LABEX, IDEX, CUÉ, PIA2, ANR, AERES (on n’en a pas encore fini ...), SNR, ZRR, appels d’offres européens et, pour finir, le management de la recherche normalisé par l’AFNOR (une pure merveille, sur laquelle nous reviendrons). Mais aucune de ces structures n’est nécessaire. Nous avoir soumis à leurs injonctions nous a rendu le vrai travail de recherche presque impossible. Or l’exigence de résultats impossibles à obtenir est un élément constitutif du harcèlement moral au travail. Attention, danger !

Nos « managers », s’ils veulent vraiment s’attaquer à la souffrance au travail, doivent d’abord changer de discours. Au CNRS le président annonce pour son deuxième mandat trois objectifs : « renforcer la présence et la visibilité de la recherche française à l’international, créer les conditions du renouvellement des thématiques de recherche via l’interdisciplinarité, promouvoir et renforcer le transfert des résultats de la recherche » et pas un mot pour les personnels. Les chercheurs, ingénieurs et techniciens de l’établissement voudraient ne pas être considérés seulement comme les rouages d’une machine ! A l’INRIA le président, lors de ses vœux 2014, déclare – dans un établissement censé concevoir les outils même de l’informatique - qu’il faut « adapter les pratiques de travail aux outils » ... Que la prééminence de la structure sur l’humain ait à ce point envahi l’esprit de nos dirigeants est terrifiant. Que les décideurs n’utilisent, pour parler de l’innovation, que le modèle simpliste, linéaire, du « transfert » est à pleurer. Ces dérives ne sont pas des fatalités. Qu’on cesse de nous prendre pour des mécaniques ! On ne fait pas pousser les fleurs en tirant dessus.

Nous avons répété quelles mesures pourraient restaurer, dans les laboratoires, la sérénité et, au-delà des difficultés extérieures, une certaine confiance dans l’avenir. Beaucoup ne coûtent rien, certaines permettraient même de faire des économies, comme la suppression de l’ANR, ou honoreraient l’Etat employeur, comme la revalorisation générale des rémunérations grâce aux fonds consacrés à feu la prime « d’excellence ». Que des directions d’établissement ne veuillent pas révéler la liste des récipiendaires laisse supposer que cette prime a quelque chose d’inavouable. Cela contribue au malaise. Qu’on supprime la prime ! Le milieu est fatigué. Il y a aujourd’hui une urgence, qui est bien sanitaire, d’un vrai changement.


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