Toute la recherche française derrière des barbelés ?

jeudi 26 mars 2015

Article d’Ernest Brasseaux paru dans "La revue du projet" N°45 - Mars 2015

La revue du projet" N° 45 : http://projet.pcf.fr/67599

Le dossier sur la liberté paru début janvier, avant les attentats,dans La Revue du projet, n’évoquait guère les atteintes immédiates à la liberté d’expression. on a beaucoup parlé, depuis lors, de celles perpétrées par des fanatiques. on parle un peu aussi des prétextes que ces attentats procurent aux gouvernements pour surveiller, encadrer et réprimer, moins les vrais terroristes que les récalcitrants, les syndicats, les non-conformistes.

Je voudrais insister ici sur le fait que les réductions multiples aux libertés traditionnelles, dans les sociétés occidentales, se déploient un peu partout par petites touches, et pas seulement dans des moments spectaculaires. C’est ainsi qu’ont été mises en place des vidéosurveillances généralisées, des barrières, fermetures, portes dites de sécurité, etc. C’est ainsi que les franchises universitaires ont disparu. C’est ainsi que l’action syndicale est souvent présentée comme criminelle ou terroriste, sous prétexte qu’un dirigeant a été retenu cinq minutes ou qu’un meuble de bureau a été poussé ou éraflé. Ces grignotages de libertés ont certes provoqué quelques protestations, mais peu de mouvements d’envergures de la part des défenseurs des droits de l’homme.

Voici un autre exemple assez inquiétant : les ZRR. si vous tapez « ZRR » sur google, vous obtiendrez « zone de revitalisation rurale », mais dans la recherche publique c’est... « zone à régime restrictif ». Le syndicat national des chercheurs scientifiques (SNCS-FSU) a donné l’alerte depuis quelques années, sous le titre : « toute la recherche française derrière des barbelés ? ». Nous le citons ici (SNCS-Hebdo, 21 janvier 2014) :

« Quelques textes discrets – si discrets qu’il y a parmi eux un arrêté ministériel secret ! – sont récemment parus, sous prétexte de renforcer le dispositif de “protection du patrimoine scientifique et technique” de la nation. si le mouvement a été initié, en 2011, par François Fillon alors premier ministre, c’est bien un arrêté de Jean-Marc Ayrault, en juillet 2012, qui a placé la totalité des disciplines scientifiques (à l’exception des sciences humaines et sociales) dans la liste des “secteurs scientifiques et techniques protégés”.

Les conséquences du déploiement de ce nouveau dispositif sont terrifiantes. Les établissements publics sont chargés de mettre en place des “zones à régime restrictif” (ZRR) dont l’ensemble est appelé, dit la circulaire du secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale (sgdsN) du 7 novembre 2012, à former “une communauté de confiance dans laquelle les échanges scientifiques sont facilités”. Mais à quoi peuvent servir des échanges intérieurs “facilités” si on ne peut plus communiquer avec l’extérieur ?

Quant aux chercheurs, aux équipes, aux laboratoires qui auront réussi à éviter l’engluement dans ce qui s’annonce déjà comme un dispositif kafkaïen, la promesse qui leur est faite est clairement une multiplication des entraves à leurs libertés académiques, pourtant garanties par l’article L952-2 du Code de l’éducation. il faut arrêter cette machine infernale ! Nos craintes sont-elles exagérées ? La circulaire n° 3415/sgdsN/aistPst n’y va pas par quatre chemins : ”L’objectif est d’empêcher que les personnes ayant accès à des unités de recherche et de production ou qui se trouvent en contact avec les chercheurs ou les industriels qui y travaillent, acquièrent la connaissance de savoirs ou savoir-faire à l’insu du chef de service ou du responsable de ces unités.” il ne s’agit donc pas seulement de calfeutrer les laboratoires, mais aussi de museler les chercheurs, quelque “savoir” qu’ils aient envie de transmettre, même au coin de leur feu. Pour faire répéter ses tables de multiplication à ma petite nièce, il faudra, selon cette circulaire, que j’en réfère à mon directeur d’unité ! »

Récemment, dans le cadre de la loi Macron, il est question de supprimer d’autres libertés de communication des recherches au nom du « secret des affaires » et de punir d’amendes invraisemblables et de prison ceux qui auraient diffusé des informations scientifiques déplaisant à telle ou telle multinationale.

*Ernest Brasseaux est historien des sciences.


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