SNCS-HEBDO n°38 du 15 septembre 2004

mercredi 15 septembre 2004

L’appel de Bellevue

Réunis le 11 septembre 2004 à Bellevue par le SNCS et Snesup, 140 élus du Comité national de la recherche scientifique ont lancé un appel solennel pour que la communauté scientifique se mobilise afin de refuser, en l’état, « le Projet pour le CNRS » présenté par le directeur général. Ils demandent « qu’une réforme du CNRS soit engagée dans une vraie concertation et l’intérêt réel de la communauté scientifique et de la société ». Le SNCS diffuse largement cet appel pour qu’il soit signé. Il demande à ses sections syndicales de débattre du projet Larrouturou avec les personnels.

Jacques Fossey, secrétaire général du SNCS

Dans une interview diffusée sur le réseau Intranet de l’établissement, le 7 sep-tembre, le directeur général fait le point sur l’avancement du projet pour le CNRS. Le ton est surprenant et les affirmations péremptoires. Selon le directeur général : « un large consensus s’est dégagé au sein de l’organisme », les membres du conseil d’administration l’auraient « majoritairement et chaleureusement encouragé à poursuivre les travaux », etc. Ce n’est pas les mêmes sons de cloche qui nous reviennent, en particulier de la part des responsables d’unités scientifiques et administratives de l’établis-sement. En tant qu’administrateur, je peux témoigner que l’appréciation directoriale concer-nant le conseil d’administration est abusive, voire manipulatoire. Il est certain que la direction avance au pas de charge et « court-circuite les travaux des Etats généraux ».

Le projet se développe autour de quatre axes principaux : 1) les missions de l’organisme ; 2) le partenariat avec l’enseignement supérieur ; 3) l’évaluation ; 4) l’organisation interne du CNRS.

Le premier point est une question qui déborde le seul CNRS. Tout le monde est concerné, le gouvernement, les partenaires, l’ensemble de la communauté scientifique, le Conseil d’adminis-tration et les personnels du CNRS. Ce point doit être débattu dans le cadre des Etats généraux et toute décision de modification des missions du CNRS ne pourra être actée qu’après adoption par le parlement de la loi d’orientation et de programmation de la recherche programmée pour 2005.

En clair le Conseil d’administration du 16 décembre ne pourra pas voter sur ce point. Cela n’empêche pas la direction générale de faire des propositions. C’est là que le bât blesse. En effet le directeur général envisage une réduction drastique du rôle du CNRS en « recentrant » son activité sur cinq priorités, en réduisant le nombre des chercheurs statutaires, en augmentant le nombre de contractuels. En clair, un CNRS au rabais.
Le partenariat avec les universités est aussi une question clé qui ne peut être abordée que dans le cadre des Etats généraux. La phase d’expérimentation sera lancée avec quatre universités (Brest, Tours, Rennes 1, l’ULP de Strasbourg et l’EHESS). Sur quelles bases ? Le Conseil d’administration n’en a pas discuté.

L’évaluation est aussi une question qui va au-delà de l’organisme. Rappelons que le Comité national de la recherche scientifique est une instance plus large que le CNRS. De manière contradictoire, le directeur général assure, d’une part, que le Comité national doit être indé-pendant mais, d’autre part, il propose de réduire le nombre d’élu et surtout de désigner les présidents qui, jusqu’à maintenant, sont élus. Drôle d’indépendance.

Le quatrième axe de la réforme est celui qui pose le plus question. Grosso modo, cette organisation s’inspire des plans de management développés dans les grandes entreprises : une direction générale chargée de la stratégie et des directions opérationnelles territoriales. Pour ce faire, on supprime les départements scientifiques et leur direction. On passe d’une logique de disciplines à une logique de territoires. Les directeurs interrégionaux (DIR). Les DIR auront des pouvoirs étendus. La liste est impres-sionnante. Ils formuleront les demandes de recrutement de chercheurs. Ils proposeront l’affectation des IT (ingénieurs et techniciens). Ils décideront des crédits des laboratoires. Ils proposeront les créations et les fermetures d’unités ainsi que la nomination des directeurs de laboratoires. Avec de tels pouvoirs, les DIR auront besoin d’équipes administratives impor-tantes, notamment des chargés de missions par disciplines, lesquels deviendront, par la suite, des directeurs scientifiques. En final, on va multiplier par cinq la bureaucratie et la technocratie du CNRS. Nous ne voulons pas de ce projet. Nous voulons un projet qui nous apporte plus de transparence, qui réduit le potentat des directeurs scientifiques et une construction interne basée sur les disciplines.


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