Royaume Uni : situation de la recherche et de l’enseignement supérieur

par Steve Wharton, Président de l’AUT
mardi 20 décembre 2005

Allocution au SNCS, jeudi 17 novembre 2005

Chers collègues et camarades,

Tout en vous remerciant de l’invitation de vous parler aujourd’hui, je commence par vous envoyer les salutations cordiales et fraternelles de la part de mon syndicat, AUT, et ses sincères voeux pour un congrès fructueux. Je vois que vous avez des thèmes importants à traiter, et j’espère que cette contribution permettra d’ajouter une perspective d’outre-manche à vos délibérations...

Lors de cette intervention j’ai l’intention de traiter de la situation au R-U en ce qui concerne l’enseignement supérieur et la recherche. Pour contextualiser brièvement, comme vous le savez bien les universités au R-U ne dépendent pas directement de l’Etat, et leurs employés ne pas fonctionnaires. N’empêche que la plupart du financement universitaire vient de sources de l’Etat par le truchement d’un organisme appelé génériquement Higher Education Funding Council (il y en a pour l’Angleterre, l’Ecosse et le Pays de Galles ; l’Irlande du Nord dépend du Département de l’Enseignement du pays). En outre il existe des Research Councils ou conseils de recherche disciplinaires allouent l’argent à la recherche.

En ce qui concerne le cadre des relations du travail, notre syndicat avec ses homologues Natfhe et EIS-ULA représentant les autres syndicats de chercheurs enseignants et hauts administrateurs, négocie avec les délégués des Vice-Chancelliers/recteurs. Nous sommes en train de transiter à une seule échelle salariale allant du manutentionnaire au professeur. C’est grâce à l’action solidaire de l’AUT que les intérêts salariaux de nos membres ont été défendus par un Memorandum permettant de maintenir une progression juste dans cette nouvelle échelle incrémentale.
J’ai fait là, mention de nos syndicats soeur Natfhe et EIS-ULA. AUT et Natfhe sont en train de ratifier une fusion de nos deux syndicats, qui résultera en un seul syndicat baptisé UCU qui représentera chercheurs, ensignants et hauts administrateurs dans le secteur de l’enseignement non-obligatoire (c’est-à-dire après l’âge de 16 ans). UCU sera le plus grand syndicat au monde de son genre.

En ce qui concerne la situation au R-U actuellement, il existe trois thèmes principaux que je voudrais esquisser ici. Ils ont chacun un rôle clé dans la définition du paysage de l’enseignement supérieur et de la recherche au R-U, et se classent tous les trois sous la rubrique de la précarité de l’emploi. Ces thèmes sont :

1. La situation salariale
2. L’évaluation régulière de la recherche (connue sous la sigle du RAE)
3. La pleine estimation comptable de la recherche (Full Economic Costing)

1. La situation salariale au R-U
Durant les vingt dernières années, la valeur du salaire universitaire a décru de 40% en comparaison à la moyenne de salaire nationale. Depuis 1997 sous le gouvernement de Tony Blair les étudiants ont payé des frais d’inscription universitaire (tuition fees) de l’ordre de £1,250 par an au début de chaque année. Les vice-chanceliers avaient dit au gouvernement que, afin de résoudre le problème salarial universitaire, il faudrait changer ce système de tuition fees, afin de les rendre variables (variable top-up fees) à un prix maximal de l’ordre de £3,000 par an par étudiant. Le ministre de l’enseignement supérieur avait donc utilisé cette argumentation salariale entre autres en proposant l’introduction des frais au Parlement. Ces frais, qui entreront en vigueur à partir du 1 septembre 2006, se traduisent en une augmentation budgétaire dans les institutions d’enseignement supérieur au R-U. L’Ecosse et le Pays de Galles jouissent d’une situation différente mais compensatoire pour ce qui en est de leurs entrées d’argent. Au sein de l’AUT nous sommes en train d’insister pour qu’au moins un tiers de cet argent soit alloué aux salaires, tel que l’avaient dit les vice-chanceliers à M. le ministre. Mais les vice-chanceliers sont en train de tergiverser, voire de mentir en reniant d’avoir jamais dit quelque chose de ce genre...

Pour revenir à la nouvelle structure salariale à laquelle j’ai déjà fait référence, elle est censée aussi mettre fin au déséquilibre salarial qui se traduit entre autres en un salaire féminin de quelque 13% plus bas que celui masculin dans un même poste. Puisque cette nouvelle échelle unique repose sur le principe d’une évaluation de poste elle devrait permettre une transparence et une comparaison entre postes de même valeur. Il s’ensuit donc que la carrière d’un chercheur devient plus claire puisque celui-ci sait bien qu’il est placé sur une échelle salariale incrémentale avec des définitions de responsabilité claires, et il pourra mettre en question les obstacles qui lui sont imposés en matière de progression, de développement et de traitement.

Et qui parle traitement et recherche ne peut ignorer le deuxième volet de mon allocution, le RAE.

2. RAE
Initié à la fin des années 80 par le gouvernement conservateur afin d’obliger les universités de justifier leur ‘produit recherche’ aux yeux d’un Ministère des Finances avare, le RAE est devenu un outil de contrôle managérial qui résulte en le harcèlement de certains enseignants et chercheurs et une situation dans laquelle toute autre activité académique devient secondaire. Tout juste comme dans le domaine du football, il y a même des transferts d’équipes entières de chercheurs entre universités afin de permettre à telle ou telle université de se placer en haut de la ligue. Nonobstant l’amélioration en la qualité de la recherche pendant la période en question, (là où quelque 38% de la population avait été classé en recherche au niveau international en 1996, ce chiffre a augmenté à 55% en 2001), puisque l’on parle de jeux, plus on y joue, plus on sait quoi faire. C’est en partie pour faire face à ceci que le gouvernement change les règles du jeu. Mais les nouvelles règles ne sont pas encore bien connues pour le prochain cycle RAE en 2008, et alors les managers universitaires essaient de deviner ce qui sera voulu. Utilisant le même discours qu’auparavant, on parle d’universitaires qui sont actifs en recherche ou pas avec l’implication que ceux qui ne le sont pas souffriront de plus d’administration et d’enseignement afin de permettre aux ‘stars’ de performer. Des carrières professionnelles sont ainsi brisées par cette simple désignation qui provient plutôt d’une décision stratégique pour maximiser son score qu’une évaluation indépendante de tel ou tel individu. Qui plus est, si l’on scrute les détails des RAE précédents on remarque que “l’effet genre” se joue ici : un chercheur masculin a plus d’une fois et demie la possibilité d’être sélectionné pour le RAE que son homologue féminin. Les minorités ethniques sont aussi plus probablement victimes d’exclusion du RAE que leurs collègues à peau blanche.

3. fEC
Finalement, je passe à la toute dernière idiotie imposée par le gouvernement et en particulier notre Bercy à nous : Full Economic Costing. Afin de justifier plus d’investissement dans l’infrastructure de la recherche, le gouvernement Blair avait demandé aux universités de démontrer exactement comment ils dépensent l’argent reçu. Tout universitaire/chercheur avait donc dû calculer en termes de pourcentage, son allocation de temps à l’enseignement, à la recherche, à l’administration, &c., afin de comparer ces chiffres de ‘rendement académico-universitaire’ à ceux des entrées d’argent donné pour déterminer si la recherche était financée de manière appropriée ou si, comme nous avons tous constaté, les sommes en question n’étaient pas suffisantes et que la recherche était subventionnée par l’argent alloué en principe à l’enseignement. Comme on peut l’imaginer, on nous a donné raison, et le gouvernement a donc fourni plus de fonds pour la recherche à condition de raffiner le système TRAC tel qu’il était connu (approche transparente à la comptabilité) afin de permettre de calculer tous frais de recherche. Et le TRAC devint donc fEC. Mais les demandes de raffinement afin de voir le soi-disant vrai coût de la recherche résulte dans certaines institutions en des exigences idiotes, par exemple tout demandeur de financement de recherche est parfois prié de bien vouloir calculer ses besoins en crayons, encre, papier d’imprimante &c. sur la période de financement anticipée ! Fichtre donc pour la théorie et la recherche elle-même...

Mais il ne faut pas parler que de points négatifs : malgré ces inepties, le fEC devrait nous fournir d’un moyen de stabiliser la situation de l’emploi en ce qui concerne les chercheurs, qui passent souvent de CDD à CDD dans un système qui prête peu d’attention au chercheur lui-même, le voyant plutôt comme un rouage dans le système. Selon les statistiques chaque institution bénéficierait de plus de fonds de l’ordre d’un million de livres chacune, permettant ainsi de continuer de financer les chercheurs entre contrats et donc de stabiliser leur situation. On pourra donc aussi investir en le développement de carrière de cette partie souvent abusée de la communauté académique.

Qui plus est, l’entrée en vigueur en juillet 2006 de l’application britannique de la Directive européenne concernant les CDD, stabilise elle aussi, la situation et donne enfin la possibilité d’une vraie carrière de chercheur évolutive. Le raffinement de cette réglementation lors de son application au domaine universitaire existe en large partie grâce aux actions de l’AUT.

De la même manière, nos efforts de protéger la carrière des chercheurs ont vu la mise en place d’un Concordat de chercheur universitaire imposant un cadre administratif et des principes qui devraient déterminer les relations entre institution et chercheur. Nous parlons régulièrement avec RCUK, l’organisation qui regroupe les représentants des fonds de recherche britanniques. Nous luttons ainsi pour la stabilité de la carrière des chercheurs, insistant que la situation financière améliorée provenant du fEC est telle que l’utilisation des CDD n’est plus appropriée. Dans ce même cadre, on pourrait même argumenter que c’était grâce à une suggestion de la part de notre Vice-Secretaire Général il y a des années, que nous voyons l’évolution des principes du Concordat britannique en la Chartre européenne du chercheur actuellement en discussion. Elle aussi reconnaît le concept d’une carrière de chercheur, permettant ainsi de réglementer le développement professionnel de l’individu.

En guise de conclusion, alors, nous voyons que la situation des chercheurs au
R-U n’est pas parfaite ; mais c’est grâce aux efforts de l’AUT et de nos syndicats soeur qu’elle est en train de s’améliorer. N’empêche qu’il nous faut tous et a toute occasion, entonner le credo que les CDD ne sont pas la manière d’assurer ni l’infrastructure ni les attentes de carrière, des chercheurs. Trois éléments clés - le salaire, la sécurité de l’emploi, et le développement de carrière - restent primordiaux pour tous ceux et toutes celles qui travaillent dans les universités et institutions d’enseignement supérieur et de recherche.

Merci de votre bienveillante attention.

Steve Wharton

président de l’AUT


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