Qu’est-ce que l’AERES ?

lundi 6 avril 2009
par  Jean-Luc Mazet

L’AERES a été créée par la loi dite « Pacte pour la recherche » en vue de la « rénovation du pilotage des politiques nationales » de l’enseignement supérieur et de la recherche. Ses missions concernent trois secteurs :
- les établissements d’enseignement et de recherche (universités mais aussi écoles diverses et variées, publiques comme privées), ainsi que les institutions de recherche ;
- les laboratoires ;
- les formations et diplômes, les écoles doctorales.

En principe, l’agence ne s’occupe pas des individus, mais elle évalue leur « production ». Chacun de ces secteurs a ses missions, ses experts et ses procédures. Bien qu’officiellement indépendants, ils sont évidemment très liés. Par exemple, une petite université peut n’avoir qu’un seul laboratoire par grande discipline. Si ce labo est mal noté (C), il est probable que les futurs doctorants choisiront d’aller ailleurs. L’école doctorale, qui s’appuie sur ce labo, n’aura plus de candidats et le 3ème cycle fermera faute de « clients ». L’université deviendra un « collège » où il n’y aura plus de recherche dans la discipline perdue.

L’AERES est une agence de notation. Son but affiché est de mettre au point des tableaux d’indicateurs, le plus souvent quantitatifs, qui seront relevés, tous les 4 ans, par ses experts. Dans ce cadre, les unités sont appelées à s’auto-évaluer, les experts n’ayant plus qu’à valider les déclarations. La note finale (A+ à C) sera déterminée à partir d’un diagramme en étoile, bien connu des acheteurs d’appareils photo. Les indicateurs privilégiés sont l’ampleur des partenariats avec les entreprises et l’attractivité internationale, le pilotage et la gouvernance, la capacité à drainer des ressources (notamment ANR, contrats européens). La performance des chercheurs et des enseignants-chercheurs est mesurée par la bibliométrie et son corollaire, le nombre de « publiants », la formation par la recherche est mesurée par la « qualité » de l’insertion professionnelle.

Les expertises, qui durent généralement 1⁄2 journée, font l’objet d’un pré-rapport. Avant d’être rendus publiques, les rapports sont normalisés : nombre de pages standard (quelle que soit la taille de l’unité), plan sous forme de « points forts », de « points faibles », suivie de la note. Pour garantir « l’harmonisation des notes », les rapports ne sont pas rédigés par les comités d’experts eux-même, mais par leurs « supérieurs ». La suppression de la restitution in situ permet d’éviter la confrontation avec les équipes, Les « résultats de l’évaluation » sont notifiés par écrit aux instances responsables, qui peuvent réagir, corriger les erreurs factuelles, etc. Leurs réponses seront jointes au rapport, sans pour autant l’infléchir. Qu’adviendra-t-il des rapports ? Qu’ils servent à déterminer le niveau des crédits de base des unités, ce n’est plus l’affaire de l’AERES...


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