Motion : Sciences et société

 décembre 2002

74 pour - 0 contre - 6 abstentions

Le 41 ème congrès du SNCS s’est réuni dans un contexte national et international profondément bouleversé par l’impact des multiples aspects de la mondialisation, qui retentissent sur la structure et le fonctionnement de nos sociétés. Les activités scientifiques et techniques, en particulier, apparaissent de plus en plus impliquées dans ce processus.

Ceci se manifeste par une priorité des critères de rentabilité économique imposée aux multiples institutions de la recherche publique et des universités, et par le dépérissement parallèle des autres fonctions de la science. Cette priorité est d’autant plus affichée que la sphère sociale est de plus en plus liée aux développements technologiques et que les politiques s’appuient de plus en plus sur la recherche comme justificatif de leur action. Le lien entre recherche et société est donc en pleine mutation, et le métier et le rôle des chercheurs en sont profondément affectés.

Du fait de ce poids prépondérant des évolutions technologiques, la communication entre les acteurs de la recherche et la société civile devient cruciale, car elle sert de relais pour justifier des évolutions et des choix politiques et sociaux.

Le rôle des médias étant de plus en plus décisif dans les mouvements et les attentes sociales, l’information scientifique, les demandes d’expertise adressées aux chercheurs sont donc à l’heure actuelle essentielles.

Les interactions recherche/société deviennent prépondérantes pour permettre à la société d’exprimer ses besoins en direction des scientifiques et pour expliquer au public à quelles conditions un service public de recherche peut jouer un rôle efficace et constructif dans ces interactions. C’est à dire pour faire comprendre largement l’importance des principes de liberté de la recherche et d’indépendance des scientifiques du secteur public, de liberté de publication des résultats de leurs travaux.

Ces principes doivent être garantis par leur statut de fonctionnaire, qui leur assigne par ailleurs un « devoir d’alerte » du public chaque fois qu’ils décèlent l’existence d’une menace pour l’environnement ou pour la sécurité des personnes.

La priorité donnée aux contraintes de rentabilité économique inspire toutes les attaques lancées par les pouvoirs publics contre la liberté de recherche, l’autonomie des scientifiques et les compétences des instances d’évaluation démocratiques, ainsi que les droits des personnels de recherche garantis par leurs statuts. Les phénomènes de privatisation, de précarisation et de flexibilisation des travailleurs de la recherche, et particulièrement des jeunes chercheurs, se multiplient, en parallèle avec ce qui se passe dans les autres secteurs économiques et sociaux.

Cette priorité conférée aux critères de rentabilité économique et financière entraîne une volonté de contrôle permanent du travail de recherche sous la forme d’une inflation de fonctions gestionnaires et du renforcement de la hiérarchisation des relations de travail, qui sont inutiles et même contre productifs pour l’efficacité du travail scientifique

A l’échelle internationale, les processus de restructuration des activité de recherche, notamment au niveau européen, accompagnent les mouvements de concentration des grands groupes industriels, et risquent de conduire au démantèlement des capacités scientifiques nationales, dans le secteur public comme dans le secteur privé, et d’inféoder la recherche à des politiques de domination techniques, économiques et financières.

De même l’aggravation des disparités Nord-Sud en matière de formation et de capacités d’accès à la recherche ne peut se comprendre et se combattre sans aborder l’ensemble des problèmes posés par l’actuel système dominant des relations économiques internationales.

Enfin, le mouvement de mondialisation s’attaque à l’ensemble des services publics, aux institutions de protection sociale, et sape donc les bases fondamentales de la justice sociale et de la solidarité dans les métiers scientifiques comme dans toute la société.

La défense des travailleurs de la recherche, dans leur rôle et leur statut, ainsi que le droit des travailleurs de la recherche à être citoyens et à participer aux débats sur les problèmes des rapports science société exigent donc que le SNCS élargisse son champ d’action et améliore la visibilité de ses interventions auprès du public, des médias et des acteurs politiques.

Cet élargissement des actions syndicales dans le champ des rapports science-société et de la mondialisation est indispensable pour mettre en lumière les forces sociales et les politiques qui sont à la racine des attaques portées contre la recherche fondamentale et indépendante, et pour pouvoir associer la communauté scientifique à la défense du service public, aux luttes contre l’extension sans limites des privatisations, notamment contre la brevetabilité du vivant et de toutes les connaissances, et contre la marchandisation de l’éducation, de la recherche et de la culture. Cet élargissement permettra aussi aux chercheurs scientifiques de participer pleinement aux luttes sociales pour l’élaboration d’une société équilibrée et équitable, notamment aux niveaux européen et international.

Afin de se donner les moyens de cette politique,

1)le congrès décide la formation d’un forum syndical permanent, ouvert à tous les syndiqués et appuyé par la CA et le BN, pour organiser des débats et élaborer des propositions d’action dans le domaine des rapports science société et de la mondialisation.

2)le congrès demande une participation régulière de la presse syndicale à l’information sur les débats et les mouvements sociaux qui se développent sur ces terrains, à la fois par des numéros spéciaux de la VRS, et par une rubrique régulière au BI. Il demande en outre que soient explorés tous les moyens d’élargir l’impact des positions et des actions du SNCS par le biais des médias.

Le congrès mandate la CA et les sections syndicales pour saisir toutes les occasions d’organiser des débats publics sur les rapports science-société.

3)le congrès décide la création au sein de la CA d’un groupe chargé du suivi de la politique scientifique de l’Union Européenne, et de la préparation des initiatives du SNCS dans les instances syndicales internationales CSEE et IE. Il mandate la CA pour obtenir du CSEE l’organisation d’un colloque à Bruxelles, afin d’élaborer la revendication d’un statut européen des chercheurs du secteur public de recherche.

4) le congrès mandate la CA et le BN pour veiller à ce que les positions issues des débats organisés par le SNCS sur le terrain des rapports science-société et de la mondialisation, soient prises en compte dans les interventions de la FSU et de l’IE, et dans toutes les instances où ces positions peuvent aider à renforcer l’impact de l’action du SNCS, dans les réseaux scientifiques et dans les Forums Sociaux européens et mondiaux notamment.

Paru dans la VRS N°352 de décembre 2002


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