Lecture du rapport d’inspection de l’IRD et de l’AIRD par le SNCS-FSU. (10/07/13)

jeudi 11 juillet 2013
par  Administrateur

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Remarques introductives

La recherche au Sud est jugée importante et l’IRD est reconnu pour son rôle. L’évolution de
l’IRD est jugée bonne avec des réformes qui ont permis une meilleure visibilité de la
recherche au Sud sur le plan national. De plus, la reconnaissance des deux missions
fondatrices de l’IRD, Recherche et Partenariat, atteste d’une avancée remarquable de la part de
nos tutelles.

Les points d’amélioration proposés depuis plusieurs années par le SNCS comme "l’articulation
cruciale entre la Direction Générale Déléguée à la Science (DGDS) et la Mission Générale de
la Géostratégie et du Partenariat (M2GP)", la "taille des départements scientifiques", ainsi que
les conséquences de l’UMRisation sont également jugés déterminants par les tutelles pour
envisager un bon fonctionnement de l’opérateur.

Les propositions du rapport sont contraintes par une catégorisation dichotomique des
missions : opérateur de recherche ou agence de moyen
. Cette dichotomie n’est pas
adéquate. En effet, dans notre pratique de la recherche, il n’y a pas de véritable opposition, ni
de différenciation réelle entre d’un côté une fonction d’opérateur de recherches scientifiques
fondamentales et de l’autre une fonction d’agence de moyens et d’objectifs en vue de
l’application et la valorisation des produits de cette recherche. Cette dichotomie est issue de
l’esprit de la réforme de l’appareil public français en général tel que véhiculé par la LOLF,
c’est à dire l’amélioration gestionnaire de l’appareil d’Etat en terme d’efficacité de la
répartition budgétaire en financement et ETP, comme de captation de moyens financiers
extérieurs (ANR, Alliances, Europe, nouveaux marchés des savoirs et des patrimoines).
Cependant, vouloir séparer ou choisir entre les activités d’opérateur de recherche et celles de
l’agence de moyens, c’est tout simplement ignorer que l’articulation et la relation nécessaire
entre ces deux fonctions fondent la mission publique scientifique et technique de la recherche
en partenariat au Sud. Alors IRD opérateur de recherche tout court ou IRD agence
d’objectifs, de moyens ou de programmation seule, c’est dans un cas comme dans l’autre la
fin de toute programmation scientifique adaptée.

1- Une vision comptable de la recherche scientifique au Sud

Ce rapport présente une vision trop comptable de la recherche au Sud, confirmant le manque
de connaissance des inspecteurs et sans doute des tutelles sur le travail de terrain et l’action de
formation scientifique avec le Sud menée par l’IRD.
L’argumentation scientifique n’est ici jamais traitée.

2- La recherche partenariale, la présence sur le terrain, l’expatriation : de nombreuses contradictions

D’un côté, il est écrit que le rayonnement de l’IRD repose sur sa présence pérenne au Sud et
sur les représentations de l’IRD (ou antennes) et d’un autre côté, c’est la question de la
définition des modes d’intervention de l’IRD qui est posée (p.28) ! Mais que seraient ces
antennes sans les chercheurs expatriés ?

Soit l’on considère que l’expatriation n’est pas importante et dans ce cas on la supprime, soit
l’on considère que l’expatriation est un moyen déterminant pour la recherche partenariale,
comme semble l’indiquer le rapport, et l’on se donne alors les moyens de la soutenir. En effet
comment travailler au Sud efficacement sans être présent au Sud ?

Page 6, "la recherche partenariale n’a de légitimité que si elle s’inscrit dans une logique
d’excellence de la recherche" et ’les partenaires du Sud n’hésiteraient pas à s’adresser à
d’autres opérateurs de recherche si l’évaluation de la qualité de la recherche de l’institut
venait à se dégrader."

page 8 "La présence sur le terrain grâce à l’expatriation et aux missions longue durée, la
construction de partenariats fondés sur les rapports de confiance, une approche
pluridisciplinaire permettant des réponses pertinentes à des problématiques globales, tels
sont bien les atouts de l’IRD vus par les partenaires du Sud."

page 9 "Ces implantations ont permis durant les dernières décennies de tisser ce maillage
très fin et dense avec nos partenaires du Sud qui a été bien valorisé et qui fait la spécificité et
la richesse de l’IRD par rapport aux autres instituts de recherche français ou occidentaux."
Ce maillage est le résultat d’un travail de terrain pérenne des chercheurs de l’IRD via
l’expatriation, qui constitue l’outil scientifique le plus pertinent du paysage scientifique
internationale pour agir durablement sur la recherche au Sud et développer de nouveaux
partenaires."

Le rapport précise donc bien que cette qualité repose sur l’expatriation et sur la
présence (formation, encadrement et diffusion des savoirs) des agents irdiens au Sud
tout en maintenant des liens avec les laboratoires d’excellence du Nord (p. 61), mais en
même temps il remet également en cause les modalités de cette expatriation pour des
raisons comptables.

De nombreux points pas clairs :
page 10 il paraît néanmoins nécessaire de s’interroger sur le dispositif actuel, quant à sa
cartographie, mais aussi quant à la spécificité de ses antennes qui reposent encore sur un
nombre important de chercheurs expatriés, souvent pour une durée assez longue, enfin
quant à sa visibilité dans un secteur qui souffre d’une concurrence forte avec d’autres pays
occidentaux et au sein du paysage scientifique français.

Il y existe une contradiction entre la nécessité de faire de la recherche au Sud et
l’argument de "trop" de présence au sud.

p. 10 Cette réforme du dispositif, conduite en articulation avec les priorités thématiques
stratégiques et les problématiques nationales, devra s’orienter vers une rationalisation
accrue des implantations plutôt de taille moyenne comprenant moins d’expatriés, qui
pourraient ainsi offrir davantage de flexibilité. aussi p. 30

Quel est le lien entre la flexibilité et le nombre d’expatriés sur un pays partenaire ?

Dans quelle mesure les chercheurs sont-ils
interchangeables ?

Finalement (p.61) des propositions d’évolution de l’expatriation sont décrites. Celles-ci
apparaissent peu réalistes face au constat de qualité et de présence sur le terrain décrit ci-dessus :

Mission Longue Durée (MLD) de 6 mois une MLD par définition exclut tout retour en
métropole pendant toute sa durée. Combien de chercheurs accepteront de partir
pendant 6 mois sans retour ? Comment intégrer une cellule familiale dans ces
conditions ? Cette proposition signe tout simplement l’arrêt des MLD.

..."expatriation réservée aux chercheurs ayant une fonction structurante dans le cadre de
programmes précis de partenariats".
Comment va-t-on construire les nouvelles
orientations et répondre aux défis scientifiques du Sud si les chercheurs de l’IRD restent
en métropole ? Il s’agit de l’essence même de l’existence de l’IRD : L’EXPATRIATION
qui existe depuis sa création mais qui ne semble pas encore reconnue par les tutelles.

3- Les zones géostratégiques

Les ROM-COM ont-elles été rayées de la carte ?
un bon point selon le rapport :
"La moitié des personnels expatriés de l’IRD exerce ses missions en Afrique et autour du
bassin méditerranéen" (p.2) en accord avec le contrat d’objectifs 2011-2015.
et 13 implantations sur 25 en Afrique, au Maghreb et dans l’Océan Indien.

et un mauvais point :
Brésil 18 expatriés, 6 PL, un budget de 8M€/an, 40 projets de recherche, 36 universités et 13
instituts
Pérou 28 chercheurs expatriés et un budget de 1M€...

Les coopérations les plus dynamiques seraient donc mauvaises ?

A eux deux le Brésil et le Pérou représentent la grande majorité de la surface tropicale
d’Amérique du Sud.
De plus p. 55 il est noté que les partenaires du Sud occupent la 4ème position au regard des
co financements apportés à l’AIRD. Il aurait alors été intéressant de montrer par pays
le lien entre le nombre d’expatriés, le budget des représentations (Brésil, Pérou,
Vietnam,..) et le cofinancement apporté à l’AIRD. De plus, il aurait été juste de
souligner la part des financements nationaux apportés par les différents pays du
Sud et de les comparer !

Donc l’IRD répond bien au contrat d’objectif en recentrant sa présence, ses activités et ses
expatriations sur l’Afrique et le pourtour méditerranéen tout en gardant une présence (réduite
par rapport à l’Afrique) en Amérique du Sud, qui fonctionne, qui rapporte des financements
et des réseaux à l’IRD. Alors quel est le problème ?

Le rapport ne donne pas les chiffres du bénéfice de cette présence stratégique en Amérique du
Sud, il faudrait aussi la replacer dans le contexte international, et pour cela s’appuyer sur un
argumentaire scientifique, ce qui n’est jamais le cas.

page 30 contradiction entre "répondre aux priorités stratégiques et scientifiques de la France"
et "répondre aux demandes des partenaires".

page 9 "....un effort reste à faire pour rapprocher l’IRD des instances de décisions locales et
pour mieux inscrire son activité dans les réflexions stratégiques en cours cherchant à
répondre davantage aux enjeux actuels du développement."
Oui et c’est bien aux tutelles
d’instaurer cette activité et ce dialogue entre elles.

Mais effectivement la M2GP (Mission Générale de Géostratégie et de Partenariat)
se situe aujourd’hui plus dans le G (Géostratégie) que dans le P (Partenariat).
Les représentations de l’IRD doivent accroître leur lien avec la recherche et
participer activement à l’appui à la recherche : une revendication de longue date
du SNCS-FSU.

p.28 "actions et collaborations semblant relever plus de l’initiative propre de chercheurs
que d’une stratégie concertée au niveau de l’organisme"

La prise en compte aujourd’hui insuffisante des besoins des partenaires du Sud doit
s’appuyer sur les représentants qui n’ont pas assez de lien avec la recherche.
il est d’ailleurs souligné que :
"l’importance que peuvent et doivent jouer les responsables d’antennes"

Y-A-T-IL UNE COMMUNICATION ENTRE LES TUTELLES ?

P. 30 Le rôle des représentants des antennes qui outre leur fonction de chercheurs devraient
être davantage impliqués dans la diplomatie scientifique d’influence"
 !
La définition de la "diplomatie scientifique d’influence" ne nous est pas donnée mais
va-t-on aussi demander aux agents du MAE de faire de la "science diplomatique
d’excellence" ? Ces remarques montrent bien l’absence de concertation et d’information
entre les tutelles. Il serait grand temps d’y remédier afin de confirmer notre place
d’opérateur de la recherche au Sud.

4- Orientations de l’AIRD : la recherche au Sud n’est pas une recherche
Nord-Sud

p. 58 la position bancale de l’AIRD est bien résumée
mais :
p.51 les orientations prises par l’AIRD doivent-elles exprimer les attentes des ministères de
tutelle ou des partenaires ?
"C’est la raison pour laquelle la mission recommande la création d’une instance légère de
pilotage, commune au MESR et au MAE, destinée à définir des priorités communes qui
seront ensuite déclinées par l’agence en charge de la politique de recherche partenariale
avec les pays du Sud."

S’agit-il
de faire de la recherche avec le Sud ou pour les tutelles de programmer la
recherche du Sud ?

Page 57 Est ce que l’on parle ici du rayonnement économique de la France par l’AIRD ? Il
semble que ce qui est décrit ici est une vision Nord de la recherche au Sud !
Mais à la page suivante nous notons aussi que
"l’IRD doit également davantage
prendre en compte les besoins exprimés par ses partenaires du Sud".

Doit-on
conclure que l’IRD pratique une recherche du Sud vers le Nord et l’AIRD
un pilotage du Nord vers le Sud ?

En conclusion

La recherche scientifique au Sud et avec le Sud, nécessite des pratiques de
recherche en partenariat et un savoir-faire.
Ce savoir-faire
unique fait partie
intégrante des compétences mises en jeu par les agents de l’IRD dans leur mission.
Il inclut depuis la création de l’institut une présence de longue durée sur le terrain
avec les partenaires, en intégrant les missions d’agence et d’opérateur.

Le SNCS demande :

1‐ Le rejet définitif du 1er scenario : déjà évoqué à de nombreuses reprises au cours des
dernières décennies, jamais retenu !
Le SNCS s’oppose à la suppression de l’IRD et au transfert des agents vers les
autres EPST.

2‐ Dans le cas du 2ème scenario que deviendraient alors les personnels IRD qui sont
rattachés à l’AIRD aujourd’hui ? Et comment l’ANR se débrouillera‐t‐elle pour
programmer la recherche au Sud ? Elle viendra frapper à la porte de l’IRD ? Nous
retrouverons très vite une situation bancale entre un opérateur et une agence de
programmation.
Le SNCS s’oppose à ce que l’ANR prenne les missions de programmation des
recherches au Sud et avec le Sud.

3‐ Pourquoi seulement 2 scenarios ? La recherche de la meilleure solution possible si l’on
veut améliorer ce qui existe est de proposer tous les scenarios possibles, de les discuter,
de rejeter les mauvais et de conserver les bons.

4- Le
SNCS propose un 3ème scenario : le SNCS demande la suppression de la structure
AIRD et l’intégration de ses missions au sein de l’opérateur IRD afin de ne pas séparer
la recherche de la programmation au Sud et de renforcer ainsi la position leader de
l’IRD dans la recherche au Sud.

5‐ Des recommandations en désaccord avec les chiffres et l’actualité
Faut‐il encore plus resserrer les champs d’intervention sur les zones prioritaires
(Afrique et pourtour méditerranéen) alors qu’elles concentrent déjà plus de 50% des
effectifs, des budgets ? (p. 58 p. 60) et qu’elles sont politiquement très instables ?

6‐ Des efforts budgétaires sont possibles mais la réflexion devra être portée sur la
question de comment générer des économies sans pénaliser les expatriations ?

7‐ la concurrence internationale dans la recherche au Sud n’est pas mentionnée alors
qu’elle est très présente et qu’il faut savoir y faire face. Une réflexion sur la place de
l’IRD sur la scène internationale de la recherche au Sud devrait être engagée
conjointement par les deux tutelles.

L’intégrité de l’IRD est aujourd’hui remise en cause par des politiques découlant du
pilotage de la recherche par des intérêts à courts terme, menées par le MESR et le MAE
et non pas sur la base d’un dialogue constructif qui permettrait la reconnaissance
nationale des missions de l’IRD et d’affirmer son importance dans le paysage
scientifique international.

Le SNCS-FSU défendra l’intégrité de l’IRD, le maintien de ses missions d’opérateur,
d’agence de moyens au Sud et des Suds et de ses outils de partenariat que sont les
Laboratoire Mixtes Internationaux (LMI) et les Programmes Pilotes Régionaux (PPR).

La section SNCS-FSU de l’IRD
le 10 juillet 2013


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