La grande patrouille des Labex (22/03/2011)

mardi 22 mars 2011
par  Administrateur


L’article ci-dessous a été publié sur mon blog le 17 mars matin, date théorique de l’annonce des résultats des Labex. Dans la soirée, Ricol, commissaire au Grand emprunt, donnait un entretien à L’AEF où il affirmait : » Je ne fais rien qui ne soit validé par le président du jury ». Tous les éléments parus depuis confirment que les résultats du jury ont été tripatouillés et que pour calmer le jeu, le gouvernement a décidé d’augmenter d’une bonne vingtaine le nombre des gagnants et de remonter l’Ecole d’économie de Toulouse de la troisième classe (« C ») à la troisième place. Mais c’est en fait le « comité (gouvernemental) de pilotage » qui a refait le travail. Comme pour les Idex. Pardon, on anticipe.

La grande patouille des Labex
Par Henri Audier
http://blog.educpros.fr/henriaudier/2011/03/17/la-grande-patouille-des-labex/

Comme prévu, les résultats des Labex du Grand emprunt ont donné lieu à la plus grande patouille jamais vue en France. Chacun le sait, il y a un milliard à distribuer, mais en capital, pour 240 réponses à l’appel à projet. Tout début mars, les « jury internationaux » se sont réunis et auraient sélectionné « en A+ » 39 projets dont 9 en SHS.
Mais ça se passe mal, et même très mal en SHS. Les résultats devaient être donnés le 17 mars, puis reportés au 18, puis reportés à la semaine d’après. Etrange, car il faut en gros deux heures entre la fin du jury d’un vrai concours et l’affichage des résultats, juste le temps nécessaire au Président du jury pour aller faire signer sa liste au ministère. Pourtant, dès le 7 mars, des gens bien introduits annoncent déjà, dans leurs laboratoires, qu’ils ont gagné à ce loto. La liste est donc connue et c’est bien là le problème.
Car la liste connue, c’est la panique au ministère, Matignon appelle, un conseiller de l’Elysée intervient aussi. Car blasphème il y a : le jury a classé en C notre plus grand centre d’économie hyper-excellent, que nous appelleront ici EET pour préserver son anonymat. Pensez-vous, ces experts internationaux sont nuls ! L’ETT est reconnu internationalement, mais sans doute sauf des experts internationaux du jury ! Elle est financée par la plus grosse fondation à laquelle ont participé banques et assurance. Et s’il n’y avait que l’ETT ! Le ministère, Matignon, l’Elysée avaient chacun son Labex préféré, au meilleur niveau international, mais pourtant non retenu par le jury.

Mais il y a pire. Une fois la carte de France coloriée, il apparaissait que les 2/3 des régions n’avaient pratiquement rien, bien peu de chances d’avoir un Idex, et n’avaient obtenu que des clopinettes aux autres appels d’offre.

Non qu’il y ait le moindre souci d’aménager le territoire, mais ce serait mal venu si, en 2012, l’opération-phare de l’effort pour l’enseignement supérieur et la recherche de la droite se transformait en sabordage des 2/3 des universités françaises. Et puis, il y a quand même les cantonales et se mettre à dos les potentats et les élus locaux, même de droite, ce n’est pas le moment ! « Ne pourrait-on pas différer les résultats après le premier tour, et même après le second tour, cela serait mieux », téléphone un parti politique dont on ne nous a pas dit le nom.

Donc, on se remet a travail, on explique aux experts internationaux qu’ils n’ont rien compris à ce qu’on attendait d’eux, qu’ils n’ont pas pris en compte « l’effet structurant » que devait avoir l’opération. On leur dit que Monsieur Ricol, le commissaire au Grand emprunt qui est un grand scientifique connu de tous, tient beaucoup au susdit effet structurant. On arrive ainsi à faire remonter quelques labos, généralement de ceux qui n’avaient vraiment pas besoin de ça pour vivre, à rééquilibrer un peu la géographie de la France pour neutraliser les grandes gueules.

Mais, nouveau problème, qui justifie le temps nécessaire pour transmettre les résultats du jury : si on fait remonter des Labex, il faut en éliminer d’autres, à qui on avait déjà fait savoir que « c’était bon ». Et si on en met plus en SHS (on en est maintenant à 15), il faut éliminer des physiciens qui vont râler. Si on annonce 50 vainqueurs, cela va faire drôle ...

Bref, on en est là. On a encore quelques jours pour trouver une solution. Même à l’ANR (qui gère le dossier) et au ministère, certains commencent à trouver qu’on pousse un peu loin le bouchon. Et encore heureux que personne ne soit au courant, car si cette histoire était connue, chacun conclurait... qu’il faut remettre à plat le Grand emprunt.

Depuis ...

Communiqué de l’AEF (extraits)
Une centaine de projets de labex sélectionnés devrait être annoncée en fin de semaine prochaine par le Premier ministre. « Le jury a fait du bon travail et a proposé une liste de projets à très haut potentiel, indique à AEF le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Le comité de pilotage (1) lui a demandé une liste complémentaire. Le jury est souverain et son avis sera rendu public. » « Il se trouve que le jury a rendu une liste initiale retenant un peu moins de projets de labex que la centaine que l’on espérait financer », précise de son côté à AEF le CGI (Commissariat général à l’investissement). « Il est bien entendu, dans le processus des investissements d’avenir, que les délibérations du jury sont des recommandations », indique à AEF René Ricol, commissaire général à l’investissement, ce jeudi 17 mars 2011. « Aussi le comité de pilotage, qui peut faire éventuellement des propositions sur la base de ces recommandations, a-t-il demandé au président du jury, Manuel Garcia Velarde, de compléter la première liste. Le président du jury a accepté pour partie. Et quant à moi, je ne fais rien qui ne soit validé par le président du jury. À partir du moment où c’est la communauté scientifique elle-même qui a tenu à ce que ce soit des jurys internationaux qui examinent les dossiers, je respecte ce mode de fonctionnement et m’en remets donc scrupuleusement aux propositions que me font les présidents des jurys. » D’après les informations recueillies par AEF, la liste initiale comprendrait 83 projets sélectionnés et la liste complémentaire 17 projets. Fin novembre 2010, 239 projets avaient été déposés (AEF n°141497)

La réaction du Président de la CPU
Louis Vogel, président de la CPU, également interrogé par AEF jeudi 17 mars, jour de séance plénière de la conférence, affirme que « les rumeurs ont suscité un débat à la CPU, mais ce ne sont que des rumeurs pour l’instant. Plusieurs présidents ont souligné la nécessité que le processus de sélection des projets d’investissement d’avenir soit transparent et que les classements des jurys soient distincts des décisions politiques qui devront être justifiées, en particulier aux porteurs de projets. » Louis Vogel ajoute qu’ « il faut de la transparence et des règles du jeu claires et connues à l’avance sinon les présidents auront du mal à mobiliser leurs équipes pour de nouveaux projets. »

La réaction scandaleuse de Président de Toulouse 1
Bruno Sire, président de l’université Toulouse-I, estime qu’ « il est normal que les politiques aient un droit de regard sur le travail d’évaluation du jury et corrigent le tir s’il y a des décisions aberrantes ». « En tant que contribuable et citoyen, c’est aux hommes politiques que je m’adresse et à qui je peux demander de rendre des comptes, pas à un jury international car il s’agit de fonds publics », explique-t-il. Bruno Sire dit « ne pas contester les évaluations du jury » qui « a statué selon les critères qu’on lui a donnés ». « Ce serait vraiment dommage qu’au moment où la France cherche à rattraper son retard dans le domaine de l’innovation, elle pénalise les laboratoires qui sont déjà au meilleur niveau mondial », analyse le président de Toulouse-I. Pour lui, les Labex doivent également servir à « consolider les laboratoires d’excellence ».

L’article bien informée de la dépêche du Midi
http://www.ladepeche.fr/article/2011/03/19/1038864-Grand-emprunt-le-fiasco-de-la-recherche.html

D’autres informations dans Les Echos
Comme pour chaque appel à projet, le jury a établi une liste. « Une liste, un peu courte, d’environ 80 noms », explique René Ricol. Puis le comité de pilotage (qui comprend des membres du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, et de l’Agence nationale de la recherche, etc.), « qui examine la liste du jury m’a proposé des noms supplémentaires, ce qui est la procédure normale. J’ai demandé avis au président et aux vice-présidents du jury. Avis que je suis », assure René Ricol.
Liste complémentaire
La liste complémentaire pour les Labex a été réalisée, ajoute-t-il, « sur une pondération des critères », entre la prime à l’innovation (excellence future) et l’excellence déjà reconnue (qui était peu prise en compte par le jury). « On verra bien que le choix final, en plein accord avec le président du jury, aura préservé l’existant dans l’excellence et mis à jour de nouvelles équipes », promet-il. Pas sûr que cela ramène la paix dans un monde en pleine ébullition. Une agitation attisée par l’audition cette semaine des dix-sept candidats aux Initiatives d’excellence (Idex), ces futurs campus d’envergure mondiale, avec, à la clef, un enjeu autrement important : 7,7 milliards d’euros.
http://www.lesechos.fr/economie-politique/france/actu/0201231634652-la-selection-imminente-des-laboratoires-d-excellence-suscite-des-tensions.htm

La déclaration de Bertrand Monthubert (extraits)
Cette situation pouvait être anticipée. Car c’est la logique même de l’ultra-sélectivité qui est en cause. Une politique scientifique consiste à donner des moyens aux différents laboratoires sur la base de divers critères. La politique du grand emprunt consiste à fixer d’emblée un nombre de gagnants, et donc de perdants, quelle que soit la qualité des projets. C’est une vision binaire : on est excellent ou on ne l’est pas. Il n’y a pas de place pour la mesure, la nuance, la prise en compte des différents critères qui justement contribuent normalement à l’élaboration de la politique scientifique.(...)
Ensuite, si la gauche gagne en 2012, il faudra tout reprendre. La logique du grand emprunt devra être abandonnée, au profit de la mise en oeuvre d’une politique scientifique élaborée de façon transparente et démocratique. Les financements affectés aux projets retenus devront être passés en revue, et soumis aux conseils des universités et organismes de recherche. Et surtout, il faudra construire une politique de confiance vis-à-vis des chercheurs, aujourd’hui victimes d’une ruée vers l’or aussi illusoire que celle qui agita le Far-West.
http://bertrand.monthubert.net/?p=761

L’Homme qui riait dans les cimetières et la position du SGEN-SUP
Patrick Fridenson est l’homme connu pour avoir en 2009, en plein mouvement universitaire, raconté les grands éclats de rires et de bonne humeur qui ont baignés la « négociation » entre le ministère et le SGEN-SUP. Il cherche des excuses au gouvernement. Il nous apprends au passage que le SGENSUP est pour le Grand emprunt et explique la situation de « désaccord » entre le gouvernement et le jury par le fait que ce dernier serait composé en totalité d’experts étrangers : « Dans ce cas, il est beaucoup plus facile pour un jury se tromper car il ne connaît pas certaines particularités françaises. Pour lui, « les cahiers des charges des appels à projets sont byzantins et pour des étrangers, il est difficile de décrypter les subtilités qui y figurent. L’ANR a beaucoup trop complexifié le processus et a joué clairement un rôle négatif. Ces procédures montées de bric et de broc expliquent en partie ces fuites et la situation actuelle.

C’est quoi « Le Comité de pilotage » qui prend in fine les décisions ?
Le comité de pilotage est présidé par le ministre chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche ou son représentant et composé :
- du directeur général pour la recherche et l’innovation ou de son représentant ;
- du directeur général pour l’enseignement supérieur et l’insertion professionnelle ;
- du directeur des affaires financières à l’administration central des ministères de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur et de la recherche ou de son représentant.
Le directeur général et le directeur de département en charge des investissements d’avenir de l’ANR ainsi qu’un membre du CGI assistent de droit au comité de pilotage. Il en est de même du président du jury.


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