Francis Haraux CNRS URA 2096 "Systèmes Membranaires, Photobiologie, Stress et Détoxication" CEA Saclay

mercredi 16 décembre 2009
par  Administrateur

Voici, comme témoignage à déposer sur le site du SNCS, la lettre que j’ai envoyée pour justifier mon refus de siéger dans un comité AERES :

"Cher collègue,

Je vous remercie d’avoir pensé à moi pour faire partie d’un comité d’évaluation de l’AERES. Quoique flatté par cette proposition, je me vois malheureusement contraint de la décliner. Je fais en effet partie des scientifiques qui se sont engagés à observer un moratoire des expertises pour l’ANR et l’AERES tant que le gouvernement persistera dans sa politique néfaste en matière de recherche. N’y voyez pas de ma part une hostilité de principe vis-à-vis de l’évaluation, gage de qualité et devoir envers la collectivité qui nous fournit nos salaires et nos moyens de travail. J’ai d’ailleurs déjà participé dans le passé à des évaluations de projets scientifiques et de laboratoires, mais dans un contexte qui était tout autre. Il ne s’agit en fait ici que d’un moratoire et non d’une prise de position pérenne. Comme tous mes collègues qui ont signé ce moratoire (dont vous trouverez le lien plus bas), je suis prêt à revenir à de meilleures dispositions dès que le gouvernement tournera le dos à la contre-réforme actuelle pour se livrer enfin aux réformes nécessaires, en concertation avec la communauté scientifique et ses représentants légitimes. Mais cette condition de levée du moratoire n’est malheureusement pas encore réalisée. En effet, tout indique que le gouvernement a décidé de poursuivre la destruction de la recherche publique :

1) baisse, voire chute brutale des crédits de recherche ;
2) démantèlement des organismes de recherche, au premier rang desquels figure le CNRS ;
3) remplacement d’un système perfectible, mais qui avait le mérite d’être lisible, structuré et internationalement reconnu, par un salmigondis d’entités chevauchantes (instituts, pôles transversaux, alliances, ITMO, etc..) dont la seule justification est de préparer la destruction totale des organismes de recherche au profit d’agences de moyens à géométrie variable, aux ordres de mandarins arrivistes et influents ;
4) dans mon domaine particulier, asservissement de pratiquement toute la recherche en biologie au seul domaine biomédical ;
5) disparition progressive du métier de chercheur pour le remplacer par des contrats précaires, ce qui a pour résultat déjà visible de créer des parcours scientifiques chaotiques, au gré des financements successifs, et participe plus que notablement à la désaffection des jeunes pour les études scientifiques.

Cette politique désastreuse, dont seuls quelques exemples ont été donnés ici, est masquée par un rideau de fumée visant à donner l’illusion que le gouvernement soutient plus que jamais la recherche, en particulier :

1) dilapidation des deniers publics sous la forme du Crédit Impot Recherche, qui échappe à tout contrôle et dont des rapports officiels montrent qu’il ne finance que fort peu la recherche ou même simplement l’innovation ;
2) projets Grands Campus divers et variés visant essentiellement à faire jaillir de terre avant 2012 quelques bâtiments bien visibles, sans se soucier de savoir s’ils contiendront des équipements scientifiques ;
3) annonce hautement médiatisée de crédits pharamineux pour la recherche dans les années à venir - mais seulement dans quelques secteurs déjà bien quadrillés - financés par le Grand Emprunt.

Vous comprendrez que dans ces conditions, lever maintenant le moratoire des expertises serait me rendre complice d’une politique lourde de conséquences néfastes pour la recherche publique. Ce serait trahir l’idée que je me fais de mon métier.

Je vous prie d’accepter, cher collègue, mes plus cordiales salutations"

Francis Haraux
CNRS URA 2096 "Systèmes Membranaires, Photobiologie, Stress et Détoxication"
CEA Saclay


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