Evaluation : pas gêné M. Genet ! SNCS Hebdo 13 n°10 du 16 septembre 2013.

lundi 16 septembre 2013
par  SNCS

On a suivi, au printemps dernier, les avatars de la loi relative à l’enseignement supérieur et à la recherche. De l’enseignement en « langue étrangère » à la « stratégie nationale de recherche », avec à tout bout de champ l’obsession du transfert, on n’a pas manqué de remarquer la conception utilitariste que le gouvernement entend aujourd’hui imprimer à l’université et à la recherche publique. De recherche fondamentale, il n’est question – une seule fois – que pour préconiser d’en « maintenir » une « de haut niveau » (art. 15). Il ne s’agit sans doute, un peu comme dans les zoos, que de conserver quelques spécimens d’une espèce en voie de disparition.

Le SNCS a été particulièrement attentif aux articles de la loi concernant l’évaluation et n’a pas ménagé ses efforts pour en obtenir une meilleure rédaction. La ministre avait répété devant les commissions parlementaires que la suppression de l’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (AERES) était une nécessité, tant ses mauvaises pratiques avaient fait, contre elle, l’unanimité. Il fallait, le confirmait le rapporteur Vincent Feltesse, lui substituer une autre autorité « dotée de missions et d’un état d’esprit différents »*. Formellement la promesse est tenue : l’AERES est remplacée par un Haut conseil de l’évaluation (HCERES). Mais le directeur général de la recherche et de l’innovation (DGRI), M. Genet, déclarait au début du mois aux vice-présidents recherche des universités : le HCERES « n’est pas de nature à changer fondamentalement la manière dont sera conduite l’évaluation » …

Christophe Blondel, trésorier national du SNCS-FSU

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SNCS Hebdo 13 n°10. Version Pdf

M. Genet, nommé in extremis en mars 2012 par Laurent Wauquiez, aggrave son cas aujourd’hui en déclarant : « que l’évaluation des équipes de recherche doit reposer sur des seuls experts nommés pour leur compétence et non pour leur qualité d’élus ». La communauté scientifique, qui porte haut dans ses valeurs le principe de l’évaluation par les pairs, appréciera la caricature qu’il en fait ! Il paraît que M. Genet adore invoquer les pères fondateurs du CNRS (Les Échos le 23 mars 2012). En crachant sur leur grand œuvre qu’est le Comité national de la recherche scientifique (composé non en totalité mais seulement en majorité d’élus, avec un pluralisme de modes de désignation qui en fait la force et l’objectivité), le moins qu’on puisse dire est que le DGRI ne craint pas la contradiction ...

Des déclarations de ce genre ne sont pas isolées ; elles témoignent du gouffre qui se creuse entre ceux qui « pilotent » la recherche et ceux qui la font. La ministre elle-même déclarait devant la commission de la culture, de l’éducation et de la communication du Sénat le 5 juin à propos de l’évaluation que les « procédures antérieures » avaient « un caractère endogène, voire incestueux »† ! Après avoir fait la sourde oreille à toutes les propositions d’amendements visant à renouer avec une évaluation intelligente, la ministre ne sait aujourd’hui, à propos du système d’évaluation qu’avaient patiemment mis au point les établissements publics nationaux depuis la Libération, que manier l’insulte, et la pire.

On peut donc s’attendre à de rudes combats dans l’application de la loi, qui prévoit (art. 90) que lorsqu’une unité relève de plusieurs établissements, il faudra une « décision conjointe » de ces établissements pour que le HCERES ne procède pas directement à l’évaluation. Le décret d’application concernant l’évaluation rendra-t-il viable cette « décision conjointe » ? On sent, aux déclarations de M. Genet, que le cabinet voudrait bien laisser le fruit pourrir sur l’arbre, pour qu’en absence de décision conjointe la « manière » ne « change pas fondamentalement ». Pourtant le député Jean-Yves Le Déaut, pour qui la ministre avait eu tant de mots aimables, avait préconisé, lui, que « l’évaluation directe devienne l’exception » !

Le SNCS n’a pas ménagé ses efforts pour éviter qu’on remette l’évaluation comme un bloc entre les mains d’une seule institution. Répétons qu’on doit distinguer la phase de visite des laboratoires et la phase d’évaluation proprement dite, forcément différée si elle doit être comparative, mais qui ne doit pas être moins collégiale. Pour séparer les pouvoirs – garantie d’objectivité – ne confions au HCERES que l’organisation des visites, la collecte et la distribution des rapports des comités de visite. La norme doit être de confier ensuite l’évaluation à une instance d’évaluation d’établissement public national ou au Conseil national des universités. Ce protocole aura l’avantage de rétablir le couplage entre l’évaluation des unités et celle des individus, dont nous déplorons la perte depuis 2006. La connaissance des rapports d’activité individuels enrichit la connaissance des unités ; réciproquement la vue d’ensemble des laboratoires rend plus sûre l’évaluation individuelle. Que le futur décret restaure cette complémentarité !

Le 30 juillet dernier le président Dardel et la rectrice Pumain ont reçu la mission de préparer un projet de texte d’application concernant l’évaluation. Les axes de réflexion qui leur sont dictés placent hélas bien haut les chimériques « politiques de site » et « les évaluations externes menées par d’autres instances (Cour des comptes, Inspections générales) » qui – ce n’est pas leur faire injure que de le souligner – n’ont aucune compétence scientifique. L’amalgame révèle à quel point la nature de la recherche scientifique reste, par le ministère, incomprise. Que les comptables évaluent les comptes et qu’on laisse les scientifiques gérer eux-mêmes, collégialement, l’évaluation scientifique de leurs pairs !

Les déclarations du DGRI laissent assez voir que pendant que Mme Pumain et M. Dardel consulteront à tour de bras (y compris les « organisations représentatives des personnels », encore heureux), le cabinet aura déjà préparé ce qu’il faut pour qu’on ne « change pas fondamentalement la manière » … Nous ne laisserons pas faire cela. Nous ne laisserons pas s’enraciner les mauvaises manières de l’AERES ! Les exemples des rapports Berger et Le Déaut, qui devaient inspirer la loi mais dont les recommandations les plus significatives sont restées au bord du chemin, nous ont suffi. Assez de textes rédigés en cachette ! Il est temps que le ministère, enfin, écoute les personnels de la recherche scientifique.

* Assemblée nationale, 2e séance du 24 mai 2013.

http://www.senat.fr/compte-rendu-commissions/20130603/cult.html


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