Conditions de travail et d’études dans l’enseignement supérieur et la recherche : Répondre aux personnels et étudiants

vendredi 11 avril 2014
par  SNCS

Lors de la journée de rencontres et de témoignages sur les conditions de travail et d’études dans l’enseignement supérieur du 9 avril, plus de 120 participants ont pu mesurer l’aggravation considérable de la situation au travers des témoignages tant oraux qu’écrits et des analyses des chercheurs intervenant. Les organisations signataires se félicitent du succès de cette journée.

Consultez le site web : http://conditions-travailetetudes-esr-2014.org/spip.php?article2

Un constat : des conditions de travail et d’études alarmantes

On constate une augmentation considérable des situations d’insécurité au travail (matières dangereuses, locaux inappropriés), d’isolement, de mise au placard, de stress, de pressions, de tâches indues, de surcharge de travail, induites notamment par les restrictions budgétaires (augmentation de la taille des groupes d’enseignement, non remplacement des départs et non publication de postes, …). Les évolutions des structures à marche forcée (fusions, COMUE, …), les restructurations de services administratifs, les procédures de « normalisation » sur les plateformes, la différentiation des salaires par le biais de primes pèsent lourdement sur le climat dans les établissements. Les dérives en matière d’évaluation (entretiens individuels, AERES, …), la course aux financements tant de la recherche que de l’enseignement (multiplication des dossiers à remplir dans un temps très contraint, mise en compétition permanente,) augmentent l’incertitude sur l’avenir dans des proportions considérables. Si l’on trouve toujours des personnels intéressés par leurs métiers et heureux de participer aux activités passionnantes d’enseignement ou de recherche, c’est l’arbre qui cache la forêt car tous les personnels font état d’une dégradation de l’ambiance, de tensions multiples.

Les situations les plus graves se multiplient : harcèlement, épuisement au travail et hélas également attitudes suicidaires voire suicides. Quelle que soit la catégorie de personnel, personne n’est épargné, les hommes comme les femmes, tout le monde est touché par la détérioration des conditions de travail et des relations de travail. Trop de situations relèvent de fait d’accident du travail, mais ne sont pas reconnues comme telles. La médecine préventive occupe encore un rôle très insuffisant dans l’ESR, des établissements ne disposant pas même pas de médecin de prévention. Depuis 2011, les CHS ont fait place aux CHSCT : la prise en compte des conditions de travail est dans leurs compétences, mais la plupart des directions font tout pour minimiser ou gêner leur action.

Les étudiants, en tant qu’usagers, font également les frais de cette situation de l’ESR. Leurs conditions d’études, de travail et de vie sont souvent alarmantes. Mais, trop souvent, les étudiants ne peuvent choisir librement leur orientation. Des universités limitent même le nombre d’étudiants en réduisant les capacités d’accueil de certaines filières, voire en instaurant une sélection. De plus, par manque de moyens, de nombreux étudiants sont contraints à exercer une activité salariée en plus d’être étudiant à temps plein. Parallèlement, du fait d’un accès compliqué et cher aux soins, du manque de personnels de santé dans les établissements, trop d’étudiants renoncent à se soigner. L’insuffisance des personnels d’action sociale et de moyens attribués à l’action sociale ne permet pas de répondre à tous les étudiants en demande. En même temps, les conditions budgétaires que connait l’ESR rejaillissent directement sur la qualité des formations et les conditions de réussite : TD surchargés, rendus tardifs d’évaluation, horaires réduits d’ouverture de service (secrétariats, bibliothèques,…), suppressions de filières.

Quelles sont les causes de cette situation ?

La question des causes est donc centrale. Comme chez France-Télécom/Orange et au ministère du travail, elle ne se résume pas à des situations personnelles et aux caractères des personnes impliquées. L’explosion du nombre de problèmes graves s’explique par des facteurs exogènes. Les restructurations de l’ESR, les restrictions budgétaires, la concurrence entre établissements ainsi que celle que le management et la multiplicité des donneurs d’ordre impose entre personnels et étudiant-e-s, le transfert aux établissements de la masse salariale des personnels, la course aux ressources propres (projets, formation continue, apprentissage, …), le recours massif à l’emploi précaire, en sont à l’origine. De manière générale, le non-respect du statut général par l’emploi massif de non titulaires sur des fonctions permanentes, les gels de postes et suppressions d’emplois est en cause.

Un climat anxiogène s’est développé, auquel contribuent la généralisation des entretiens professionnels et les évaluations de l’AERES. Les méthodes de management du privé, la recherche effrénée d’économie, les réformes successives produisent les mêmes effets que ceux qu’ils ont eus ailleurs
Ces derniers mois, les difficultés financières amènent les établissements à prendre des mesures conduisant encore à de nouvelles dégradations des conditions de travail et d’étude. Se combine à l’austérité la politique de regroupements voulus par la nouvelle loi ESR, entrainant des réorganisations, des mutualisations, des fusions alourdissant les charges de travail et désorientant les personnels.

L’annonce par le gouvernement d’économies supplémentaires à hauteur d’au moins 50 milliards ne peut que nous inquiéter. Nous ne pouvons accepter qu’on nous impose de nouvelles économies qui mettraient à mal le service public dont l’enseignement supérieur et la recherche.

Face à cette situation, des propositions

Il faut améliorer les dispositifs de prévention. Les CHSCT ne seront en mesure de remplir pleinement leur rôle que s’ils disposent de moyens, à la fois en temps mais aussi en liberté d’agir, de se former, etc… (à l’image de ceux de la FPH et du secteur privé). Les organisations signataires demandent que soient reconnues comme accidents du travail plus de situations de souffrance au travail et que les services de médecine préventive soient développés.

Il faut que

le montant équivalent au Crédit Impôt-Recherche soit affecté aux universités et organismes,
les postes gelés soient pourvus
un véritable programme de résorption de la précarité soit mis en œuvre, permettant la prise en compte de toutes les situations, et notamment l’intégration en catégorie A+ jusqu’à présent exclue.
des moyens suffisants doivent être inscrits dans une programmation pluri-annuelle, intégrant des dispositifs de régulation nationale permettant de ne pas délaisser les premiers cycles universitaires.

De plus, il est nécessaire d’assurer des conditions de vie décentes aux étudiants : allocation d’études, bourses dans l’attente, logement social, restauration, accès aux soins et à la prévention en matière de santé… Il faut aussi remettre à plat les conditions d’études et d’évaluation des étudiants en garantissant à chacun les moyens pour sa réussite : pédagogie différenciée, cours en petits groupes, évaluations correspondant aux enseignements, statut de l’étudiant salarié, etc.

Cela passe par un plan pluriannuel de créations d’emplois dans les organismes et établissements d’enseignement supérieur.

Outre les moyens financiers, il faut aussi redonner à chacun, universités et organismes de recherche, les moyens structurels pour pleinement mettre en œuvre leurs missions.

***

C’est pourquoi les organisations signataires alertent le nouveau gouvernement, le ministère de l’éducation, de l’enseignement supérieur et de la recherche ainsi que le secrétariat d’état : répondez aux personnels et des étudiants, arrêtez la marche forcée vers des fusions et regroupements non voulus, donnez les moyens aux établissements de fonctionner et d’embaucher, donnez aux étudiants les moyens de vivre pour étudier dans de bonnes conditions. Nous vous demandons que cesse la poursuite de la dégradation des conditions de travail et d’études, et de ses conséquences néfastes sur la santé des personnes comme sur le niveau de formation de la population.
D’ores et déjà, elles appellent les personnels et les étudiants à poursuivre l’action au niveau des établissements. Elles proposent que s’écrivent dans les établissements des cahiers de doléances à porter au gouvernement et aux parlementaires
.

FSU (SNESUP, SNCS, SNASUB, SNEP)
CGT (SNTRS, FERC Sup, CGT INRA)
UNSA (Sup’Recherche, SNPTES)
SNPREES-FO
Sud Recherche EPST
UNEF


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