Combien de chercheurs, d’ingénieurs et de techniciens titulaires au CNRS ?

vendredi 28 septembre 2018
par  SNCS

SNCS Hebdo 18 n°8 du 28 septembre 2018

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SNCS Hebdo 18 n°8

Le président du CNRS a déclaré qu’il envisageait un recrutement de titulaires pour les quatre prochaines années au CNRS à hauteur de 250 chercheur·e·s et 310 ingénieur·e·s et technicien·ne·s par an. Ce niveau impliquerait la suppression d’environ 340 postes de titulaires au CNRS d’ici 2022 qui s’ajouteraient aux 1581 déjà supprimés depuis 2005. Avec la poursuite d’une telle trajectoire, c’est une chute de 28% du nombre de chercheur·e·s et de 34% du nombre d’ingénieur·e·s et technicien·ne·s qui est programmée à long terme au CNRS, ce qui correspondrait à un décrochage inédit. Le SNCS-FSU demande que le nombre de recrutements s’élève au minimum à 365 chercheur·e·s et 508 ingénieur·e·s et technicien·ne·s par an pour permettre au CNRS de maintenir ses capacités à mettre en œuvre le développement de la recherche de base et le progrès des connaissances.

Boris Gralak, membre du Bureau national du SNCS-FSU

Le budget du CNRS stagne depuis plus de dix ans, avec pour conséquence la suppression de 1581 postes de titulaires depuis 2005. La Loi de programmation des finances publiques 2018–2022 pérennise cette contrainte budgétaire sur le CNRS. La stagnation de la masse salariale du CNRS, imposée par les gouvernements successifs, n’aura pas permis de renouveler les emplois au CNRS pendant 17 années en 2022. Il est pertinent – et instructif – d’analyser les effets de cette politique de récession de l’emploi au CNRS lorsqu’elle aura été menée à son terme, après qu’une génération entière de titulaires sera partie à la retraite et remplacée, en 2050, par de jeunes recrutés.

Pour estimer les conséquences à long terme du nombre de recrutements sur le nombre de titulaires au CNRS, il faut prendre en compte la durée de la carrière entre le recrutement et le départ à la retraite. L’âge moyen de recrutement (1) est de 34 ans pour les chercheurs et de 33,5 ans pour les ingénieurs et techniciens. L’âge moyen de départ à la retraite(1) est de 65 ans pour les chercheurs et de 61 ans pour les ingénieurs et techniciens. La durée moyenne de carrière peut donc être estimée actuellement à 31 ans chez les chercheurs et 27,5 ans chez les ingénieurs et techniciens. Cette durée moyenne pourra évoluer avec la tendance actuelle des reculs de l’âge moyen de recrutement et de départ à la retraite. Le SNCS-FSU rappelle qu’il n’est pas favorable à ces tendances et défend un recrutement jeune au plus près de la thèse pour les chercheurs et la possibilité d’un départ à la retraite à 60 ans à taux plein (voir les dossiers (2),(3) de la FSU sur les retraites). Pour une estimation prudente, on suppose que les carrières vont s’allonger d’un an, soit 32 ans pour les chercheurs et 28,5 ans pour les ingénieurs et techniciens, et on omet les départs autres que ceux à la retraite. Avec les contraintes budgétaires imposées par le gouvernement, le président de CNRS envisage un niveau de recrutements qui aboutirait alors sur le long terme à un CNRS avec 8000 chercheurs et 8835 ingénieurs et techniciens, contre actuellement 11 137 chercheurs et 13 415 ingénieurs et techniciens (1), c’est-à-dire de nouvelles réductions d’effectifs de 28% pour les chercheurs et de 34% pour les ingénieurs et techniciens.

recrutement par an (chercheur.e.s ou IT)250300310349365471508
effectif chercheur.e.s en 2050 8000 9600 9920 11168 11680 15072 16256
effectif ingénieur.e.s et technicien.ne.s en 2050 7125 8550 8835 9946 10403 13423 14478

Effectifs de chercheur·e·s, d’ingénieur·e·s et de technicien·ne·s titulaires à long terme au CNRS : en rouge la trajectoire envisagée par le président du CNRS ; en orange les minima pour maintenir le CNRS dans ses dimensions actuelles (1) ; en vert les minima demandés par le SNCS pour revenir à un CNRS dans ses dimensions (1) de 2005.

Une gestion appropriée d’un organisme de recherche pluridisciplinaire comme le CNRS est de lisser au maximum la pyramide des âges et d’éviter les variations trop brutales. C’est pour ces raisons que le SNCS avait alerté la communauté scientifique et demandé à ses élus du Comité national d’imposer en 2014 le plancher de 300 recrutements de chercheurs par an qui s’est également imposé aux ingénieurs et techniciens. En dessous de ce niveau, ce sont les capacités du CNRS et de la recherche en France qui sont remises en cause. C’est aussi le travail des sections du Comité national qui serait éprouvé avec un nombre de candidats trop important par rapport au nombre de postes ouverts au concours, engendrant des crispations et de l’arbitraire. Le plancher de 300 recrutements par an au CNRS n’a pas empêché la suppression de 1581 postes de titulaires depuis 2005 (11 677 chercheurs et 14 456 ingénieurs et techniciens au CNRS (1) en 2005). Il ne peut être que temporaire car il implique à long terme un CNRS avec 9600 chercheurs et un nombre équivalent d’ingénieurs et techniciens : ce plancher des 300 est une ligne rouge. Avec le recrutement de 250 chercheurs et 310 ingénieurs et techniciens par an, la ligne rouge est franchie, ce qui serait dramatique à long terme pour le CNRS.
Le président du CNRS propose le recrutement de 300 doctorants en « échange » de la réduction du nombre de titulaires. Le SNCS demande que le nombre de docteurs formés en France s’élève par an à 20 000 (environ 14 500 actuellement) et est favorable à ce que le CNRS prenne toute sa place dans cet objectif. Néanmoins, cet « échange » de 300 doctorants contre la réduction du nombre de titulaires est inacceptable pour le SNCS. En effet, le développement de la recherche de base sur le long terme exige une continuité qui ne peut pas être assurée par des jeunes chercheurs en contrat à durée déterminée. Seuls les chercheurs sur postes statutaires permettent le développement continu des connaissances et leur transmission. Cet « échange » proposé par le président du CNRS aurait nécessairement des conséquences sur l’équilibre entre recherches de court terme et de long terme.

(1) Bilans sociaux 2016 et 2005 du CNRS : http://bilansocial.dsi.cnrs.fr/ https://www.dgdr.cnrs.fr/drh/publi/bilan-social/bilan-integral-2005.htm
(2) « RETRAITES : pour un scénario durable et solidaire » : http://fsu.fr/RETRAITES-pour-un-scenario-durable-et-solidaire.html
(3) « LA RETRAITE, des droits à préserver et à conquérir » : http://fsu.fr/LA-RETRAITE-des-droits-a-preserver-et-a-conquerir.html


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