Adresse à la Secrétaire d’État à l’Enseignement supérieur et à la Recherche - I -

1- Débarrassez-vous, débarrassez-nous de Cosa Nostra !
vendredi 23 mai 2014
par  VRS

Madame la Ministre,

Vous avez pu mesurer, peut-être avec étonnement, la grande déception voire le mécontentement qu’ont suscité jusqu’à présent vos actions et vos décisions. D’autant que vous savez bien sûr que les signataires de la pétition, qui conteste le bilan de votre action dans le cadre du précédent gouvernement, ne représentent en réalité qu’une fraction, probablement minoritaire, des déçus. Certes, nombre d’aspects fondamentaux de la politique de l’enseignement supérieur et de la recherche (ES-R), et non des moindres, vous ont été imposés, notamment la stagnation budgétaire, le maintien sans aucun redéploiement du CIR ou la confirmation des scandaleux programmes dits « d’excellence ». Il semble même que vous vous soyez battue, non sans courage, sur ces questions, sans toutefois vous être appuyée sur les scientifiques mais sur les lobbys du statut-quo, qui se déploient effrontément. Peut-être est-ce d’ailleurs pour cela que vous avez « perdu ».

Car la rupture vient aussi et surtout du fait qu’en dépit de leur nocivité, vous avez avalisé et conforté ce qui était pourtant dans votre pouvoir de changer. Aucune des structures créées par Valérie Pécresse n’a en effet été supprimée : AERES, ANR, Alliances, sans parler des GIA, IDEX, LABEX, EQUIPEX, IRT, IHU, etc … D’ailleurs, soit dit en passant, en les pérennisant on ne peut pas dire que vous ayez devancé le « choc de simplification » annoncé au plus haut niveau de l’Etat. La LRU a été confirmée, y compris dans ses aspects les plus négatifs. Votre façon de traiter le problème complexe des « regroupements d’établissements », faute de vous être donné les moyens de vous appuyer, par site, sur des choix démocratiques, a débouché sur un exploit : celui de fédérer des mécontentements contradictoires. Mais comment imaginer que le contraire eut été possible, quand on sait que la maffia « Marc Bloch », en gros le club de retraités de la CPU et de la technocratie carriériste, a pris directement ou indirectement en main les principaux lieux de décisions et fait progressivement main basse sur les rouages de l’Etat. Comment l’imaginer, quand on sait la lutte forcenée menée par la bureaucratie des anciennes structures ?

Par exemple, dans le domaine de l’évaluation, malgré la très claire position de la Conférence des présidents de section du Comité national, de la Conférence des présidents de section du CNU, des instances scientifiques, de tous les syndicats représentatifs, malgré les conclusions des Assises de la recherche - que vous avez vous-même convoquées -, malgré les conclusions du rapport du député Jean-Yves Le Déaut et même en dépit les intentions que vous aviez initialement annoncées, c’est finalement la fraction de la CPU (1) – qui n’a évidemment aucune compétence en matière d’évaluation de la science – qui est en passe d’imposer son point de vue. Conséquence : le nouveau Haut conseil à l’évaluation risque fort de ne se distinguer de l’ancienne AERES que par le nom.

Comment imaginer que des gens qui ont été mouillés jusqu’au cou dans l’entreprise de démolition de l’ES-R menée sous l’égide de Pécresse (même si certains auraient tenté de résister) puissent agir différemment aujourd’hui. Tout ceci était prévisible et l’existence du groupe Marc Bloch ne vient pas d’être révélée comme l’écrit un grand quotidien. Dans un article (2), « Le groupe Marc Bloch : charge héroïque ou résistance de la 25ème heure ? », nous répondions à la première expression publique de ce groupe en 2011, expression intitulée « Universités : pour en finir avec les tours de passe-passe budgétaires ». Après avoir remercié le groupe « de valider en 2011 ce que beaucoup écrivaient depuis 2007 », nous écrivions :

« Mais, chers collègues, se peut-il que, sur les désastres du Grand emprunt, vous n’ayez seulement à dire « que les sommes à verser d’ici mai 2012 seront modestes » ? Et quand il y a 50000 précaires dans l’ES-R, n’avez-vous d’autres propositions courageuses que de « rompre avec le dogme de la diminution du nombre des fonctionnaires » ? Se peut-il que vous ayez oublié jusqu’au nom du CNRS ? [Que sur] cette croissance zéro [du budget] vous avez gardé le silence pendant 4 ans. (…). Pourquoi ces silence s et ces minimisations ? Pour faire oublier que, du fait d’un corporatisme institutionnel, la majorité d’entre vous a accepté (inspiré ? négocié ? approuvé ?) l’ANR, l’AERES, la destruction des organismes de recherche, l’explosion des CDD et, corrélativement, cautionné la LRU.(…) Faut-il voir [dans votre texte] à la fois la volonté de faire oublier la passivité (l’hostilité ?) de beaucoup d’entre vous lors du grand mouvement de 2009 et celle de limiter l’ampleur des changements aujourd’hui nécessaires ? [Votre texte] prend l’apparence d’un lobbying organisé par de hauts fonctionnaires et des présidents d’université. Envers qui : contre le pouvoir en place ? Envers ceux qui, depuis 2007, se battent contre la démolition et l’asphyxie financière de notre système d’enseignement supérieur et de recherche et espèrent en un changement significatif ? »

Madame la Ministre, comme vous le disiez si justement avant les élections (3) : « il faut restaurer la confiance accordée aux chercheurs et aux enseignants-chercheurs ». La première condition est, vous l’aurez compris, de vous débarrasser, de nous débarrasser de Cosa Nostra et de vous appuyer désormais sur ce qu’il y a de porteur de l’intérêt général dans notre milieu : instances scientifiques, syndicats, associations, etc. C’est une condition nécessaire, mais non suffisante, comme nous allons le monter dans la deuxième partie de cette lettre.
Notes

(1) Ma méfiance historiquement justifiée envers l’organisation CPU n’a pas pour conséquence le rejet de tous les présidents d’université, parmi lesquels j’ai plusieurs amis.

(2) http://blog.educpros.fr/henriaudier/2011/07/11/le-groupe-«-marc-bloch-»-charge-heroique-ou-resistance-de-la-25eme-heure-par-spartakus/

(3) Forum de Toulouse du Parti socialiste, présidé par Geneviève Fioraso


Par Henri Audier


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